Entre renouveau industriel et essor de services innovants, la Bretagne tisse une toile destinée à s’emparer de toutes les opportunités d’avenir.

Le département le plus à l’ouest de l’Hexagone ne manque pas d’humour. « Tout commence en Finistère », assure-t-il dans un slogan habilement conçu pour marquer les esprits. Un jeu de mots fort, qui prend une connotation toute particulière à l’heure où les mutations économiques de la Bretagne se multiplient et entrent dans une phase concrète pour faire passer la région dans une nouvelle ère. Les priorités politiques consistent à s’emparer de nombreuses thématiques d’avenir pour en faire des filières créatrices de valeur, en s’appuyant sur des forces intrinsèques comme le potentiel maritime.

« Plutôt que de filières, il vaut mieux parler de programmes structurants, car ceux-ci impliquent systématiquement de façon transversale plusieurs secteurs d’activité », rectifie Ronan Dollé, responsable Innovation au sein de l’agence régionale Bretagne Développement Innovation. Les énergies marines renouvelables, les réseaux électriques, la défense et la sécurité, l’électronique et le numérique figurent parmi plusieurs de ces programmes structurants identifiés par la région. « Le développement intégrant la préservation environnementale, les nouvelles technologies et les gains de toutes sortes qu’ils génèrent sont des finalités recherchées qui transformeront notre économie en profondeur », poursuit-il.

En termes d’énergie et de réseaux du futur, le gouvernement a récemment répondu favorablement à l’appel d’offres local pour le déploiement à grande échelle de réseaux électriques intelligents. Le dossier Smile (Smart Ideas to Link Energies), est porté par les conseils régionaux de Bretagne et Pays-de-la-Loire et prévoit la création d’un vaste réseau électrique intelligent pour l’Ouest de la France. L’intégration des énergies renouvelables, le stockage, la mobilité électrique, les bâtiments et la cybersécurité sont des fers de lance de ce projet. « Un véritable symbole qui montre le rôle de locomotive que la Bretagne est invitée à endosser en matière de développements innovants », indique Ronan Dollé.

L’automobile et l’agroalimentaire, des secteurs historiques dans le tissu économique local, font eux aussi peau neuve pour mieux tourner la page des récentes années de crise économique et adopter une posture résolument orientée vers l’avenir, à l’image de la plateforme de recherche collaborative ExcelCar, créée conjointement par plusieurs constructeurs automobiles et dont les activités portent principalement sur la carrosserie du futur. Près de 80 employés doivent à terme être accueillis sur ce nouveau site, un des marqueurs régionaux de la stratégie de réindustrialisation.

Autre phénomène d’importance : sous l’impulsion de Bretagne Développement Innovation, de nombreuses initiatives sont prises localement pour accompagner les innovations scientifiques et technologiques d’une démarche d’innovation sur un plan managérial. « Remettre en question son modèle sur ce plan est la clé pour véritablement traduire l’innovation en valeur ajoutée. Cet aspect doit véritablement accompagner les investissements en R&D ou les nouveaux développements. Notre événement annuel d’échanges et de sensibilisation “360 possibles” est en grande partie organisé dans ce but », souligne Ronan Dollé.

Rennes, le bon élève

Dans la capitale de l’Ille-et-Vilaine et ses environs, le taux de chômage est de 8%, contre 8,8% à l’échelle régionale et plus de 10% à l’échelle nationale. Près de 8200 salariés sont apparus dans l’aire urbaine de Rennes entre 2008 et 2016, compensant ainsi les quelque 5000 postes perdus dans l’industrie au cours de la même période. Des chiffres séduisants qui s’expliquent par une attractivité qui pourrait rendre jaloux bien des territoires français. « Notre aire urbaine grossit de 8000 habitants par an, et cette dynamique démographique ne se tarit pas. Nous comptons toujours 20% d’étudiants. De nombreuses familles s’implantent, en raison du bon équilibre que représente l’agglomération entre un cadre de vie agréable et des perspectives professionnelles intéressantes », remarque Loïc Jézéquélou, responsable de l’Observatoire économique de la CCI de Rennes.

Les services à haute valeur ajoutée comme le conseil aux entreprises figurent parmi les atouts majeurs du territoire, tout comme les capacités d’innovation des industries de premier plan comme les acteurs de la transformation laitière, de l’agroalimentaire, ou de l’emballage. « Triballat, l’un des acteurs principaux de l’agroalimentaire, a récemment investi 45 millions d’euros dans le domaine des produits ultra-frais et le bio », souligne Loïc Jézéquélou.

Parallèlement, le numérique s’impose de plus en plus comme une des activités phares de demain. « Il représente environ 18000 emplois dans le bassin rennais, c’est-à-dire le quatrième pôle d’importance du domaine à l’échelle nationale. Les services informatiques en tout genre rassemblent 1200 entreprises implantées. Elles sont spécialisées dans l’imagerie, les solutions médicales et de soins aux personnes, la transmission de la voix, ou encore la domotique », ajoute-t-il. L’aire urbaine de Rennes s’illustre aussi dans le domaine logistique où elle représente un nœud de premier ordre interrégional. Le transport, l’entreposage, le commerce de gros y trouvent des services innovants et des acteurs spécialistes de longue date.

Le pouvoir méconnu des algues

Elles sont vertes, rouges et brunes, bordent des dizaines de kilomètres de côtes du Finistère et forment une ressource précieuse sur laquelle mise toute une filière. Les algues sont, en quelques années seulement, devenues de nouvelles pépites synonymes de relais de croissance future. 70000 tonnes sont d’ores et déjà récoltées par an, pour des marchés nationaux et internationaux qui ne cessent de croître. Bretagne Cosmétiques Marins est ainsi devenu l’un des acteurs phares de la cosmétologie exploitant les bienfaits de la mer. Il réalise 75% de son chiffre d’affaires à l’export, est présent dans de nombreux pays, notamment au Japon où les algues et leurs vertus sont exploitées depuis déjà plusieurs décennies. L’entreprise Agrival profite également de la grande variété de cette matière première végétale atypique. Les algues représentent pour elle une source d’approvisionnement permettant de se spécialiser dans la production d’ingrédients naturels comme des poudres, des fibres, des principes actifs. Autant d’éléments qui intéressent directement les industries cosmétique, pharmaceutique, agroalimentaire, nutraceutique, ou encore le domaine de la nutrition animale.

L’innovation locale sur le plan agroalimentaire dépend en partie de ce nouveau potentiel. Globe Export, qui propose des recettes originales à base d’algues, ou encore Algue Service, qui fabrique des produits alimentaires également à base d’algues, figurent parmi les sociétés qui surfent sur la vague et gagnent en influence. Le secteur de la santé est par ailleurs celui qui concentre le plus d’espérances. L’Institut de recherche translationnelle en maladies du sang (IRTMS), une organisation créée à parité par la Fédération Leucémie Espoir (FLE) et par le groupe privé Quéguiner, a mis en évidence les propriétés révolutionnaires d’une molécule extraite de l’algue rouge dans le traitement des maladies hématologiques sensibles au système immunitaire comme la leucémie, les mélanomes ou certaines tumeurs cancéreuses touchant les reins. Compte tenu des enjeux, l’IRTMS attire actuellement l’attention de nombreux acteurs de la santé. Jusqu’ici installé dans les locaux du Centre hospitalier de Brest, il a intégré cette année ses propres laboratoires.

Devenir une référence de l’économie circulaire

La Bretagne est la première région française en matière de tri des emballages, selon l’entreprise agréée par l’Etat Eco-Emballages. Et elle compte bien être le bon élève de la France de demain dans toutes les activités relatives au recyclage. Réduire la facture énergétique et surtout la dépendance aux matières premières et ressources en tout genre semble être l’un des crédos forts de la région depuis deux ans. Une volonté qui prend d’ores et déjà des formes très concrètes, à l’image des actions de la CCI Quimper Cornouaille qui a équipé les ports de Cornouaille d’un système innovant qui permet de filtrer et purifier environ 100 mètres cubes d’eau de mer par heure. Toutes les entreprises développant des activités qui nécessitent de l’eau de mer purifiée pourront ainsi se passer des investissements coûteux pour un tel traitement.

Autre projet emblématique récent : l’installation dans le Finistère d’un important méthaniseur sur la commune de Bannalec qui, alimenté par une dizaine d’exploitations agricoles, permettra la valorisation des graisses de cuisson de la salaison voisine, et de fournir en retour l’énergie nécessaire à son activité. Des projets de ce type naissent par dizaines sur tout le territoire breton. Fin 2015, un appel à manifestations d’intérêt avait été lancé, en ciblant des projets réalisables en un an, afin de montrer qu’il est possible d’aller très vite dans l’avancement de politiques écologiques. Un accompagnement est proposé par la région sous forme d’assistance à maîtrise d’ouvrage par un bureau d’études spécialisé dans l’économie circulaire. L’idée est de procéder à des mutations de fond dans le fonctionnement des sociétés, dans l’essor de l’écologie industrielle, de l’usine du futur et de favoriser le recours aux écomatériaux. Comme le souligne Patrick Lescop, président de la commission Développement durable à la CCI de Bretagne, « on peut supposer que des entreprises jusqu’ici sans lien particulier entre elles se rapprocheront, les déchets des unes devenant les matière premières des autres ».

Le nouveau visage high-tech de Brest

L’année 2015 a fait basculer Brest dans une nouvelle dimension. Fraîchement auréolée de son précieux label French Tech, aux côtés de Morlaix, Quimper et Lannion, la métropole nourrit désormais de grandes ambitions. Elle a déployé plusieurs initiatives pour soutenir l’innovation locale, en particulier autour du numérique. Dès 2016, les Ateliers des Capucins, lieu emblématique du renouvellement brestois et carrefour des projets collaboratifs, doivent être livrés. « Ils abriteront une plateforme d’initiative de développement de projets, mais aussi un accélérateur de start-up et des show-rooms en lien avec les activités numériques », explique Michel Gourtay, vice-président en charge de l’Economie au sein de Brest Métropole. A cela s’ajoute la Cantine Numérique dont la mission est de devenir une plateforme collaborative de travail à destination des entreprises et notamment des acteurs du Web. « Nous souhaitons être présents à tous les stades, de la sensibilisation à l’innovation et à la création de start-up. L’idée est de mettre en place une véritable démarche intégrée d’accompagnement des porteurs de projets de A à Z », résume Eric Vandenbroucke, directeur du technopole Brest Iroise.

Le pôle Mer ainsi que le pôle de compétitivité Image et Réseaux sont invités à intégrer cette dynamique. Brest Métropole porte également le projet Campus Mondial de la Mer dont la vocation est aussi de développer les relations collaboratives. Véritable symbole de ces liens locaux de plus en plus étroits : le siège de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) s’apprête à quitter la région parisienne pour s’installer à Brest. L’objectif pour les prochaines années est de rapprocher davantage les entreprises et la recherche maritime et océanographique. De nombreuses applications peuvent découler du numérique et de la mer, comme l’exploitation de données météorologiques via des bouées intelligentes, la robotique sous-marine, la sécurité ou encore des solutions pour connaître les emplacements portuaires disponibles en temps réel.

Mathieu Neu

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