Innovation dans l’agriculture

Le champ de l'innovation cultivé avec ingéniosité ?
Le champ de l'innovation cultivé avec ingéniosité ?

Graine de génie

L’innovation semble être un passage obligé pour trouver de la croissance. Le secteur agricole n’échappe pas à la règle. Pour conserver leur rang, ses acteurs négocient le virage des technologies numériques et revoient leurs méthodes de travail.

Les technologies de l’information et de la communication se répandent à grand train dans tous les domaines. Dans ce contexte où le tout numérique devient la règle, le secteur agricole prend lui aussi une connotation 2.0. Plusieurs territoires soutiennent les initiatives innovantes en la matière, de l’élevage aux cultures céréalières en passant par l’optimisation du fonctionnement des fermes.

L’Eure-et-Loir, premier département céréalier de France, notamment pour la production de colza, de pois protéagineux et de blé tendre, est de ceux-là. Le projet « Les Champs du possible » représente l’une des opérations récentes phares dans ce domaine. Il vise à consacrer quelque  1000 mètres carrés à un espace de bureaux, des ateliers, des laboratoires permettant du prototypage. A côté de ce centre, une ferme pédagogique met à disposition 30 hectares de terres agricoles pour des expérimentations, ainsi qu’une superficie de 50 hectares pour l’incubation des start-up qui y effectueront des tests en conditions réelles auprès des agriculteurs. En terme de formation, le site accueille par ailleurs un BTS « Systèmes numériques » depuis septembre 2016. La société Sencrop fait partie des structures innovantes qui ont pu profiter du dispositif pour se faire connaître. Elle propose des stations agro-météo et capteurs positionnés dans les champs pour remonter des informations précises en temps réel (pluviométrie, hygrométrie de l’air, température…). Autre start-up récemment mise en lumière au sein des Champs du possible, Biopic, qui permet la mesure en temps réel de la santé animale grâce au déploiement de capteurs et d’une interface de traitements de données.

Synergies nouvelles : mariage de l’agriculture et de l’aérospatial

Loin de l’étiquette d’un secteur en déclin, la filière agricole se concentre sur des enjeux tournés vers l’avenir. « On parle beaucoup de l’industrie du futur, ce qui est bien normal, mais il y a bien d’autres domaines prometteurs. L’agriculture de demain, le potentiel maritime joueront un rôle prépondérant, tout comme les pôles consacrés à ces filières », indique Jean-Luc Beylat, président de l’Association française des pôles de compétitivité. Signe des changements qui s’amorcent, au sein de la région Auvergne-Rhône-Alpes, « plusieurs opérations dédiées à la rencontre et aux croisements des savoir-faire ont déjà eu lieu entre le pôle Minalogic et le pôle Céréales Vallée », comme le souligne Isabelle Guillaume, déléguée générale du pôle de compétitivité Minalogic, consacré aux technologies du numérique. Cette évolution s’inscrit dans une tendance sectorielle, l’agriculture utilisant de plus en plus les nouvelles technologies, notamment pour les questions d’automatisation et de traçabilité.

Les pôles de compétitivité sont porteurs de nouveaux projets communs, aux quatre coins de l’Hexagone, à l’instar de la labellisation Booster. L’objectif de celle-ci est de mettre gratuitement à disposition des entreprises des informations provenant des satellites. Cette labellisation est le fruit du COSPACE (Comité de concertation entre l’Etat et l’industrie dans le domaine spatial). Les boosters ont vocation à mettre en place des accélérateurs de projets regroupant des acteurs du spatial, du numérique et des domaines applicatifs. Parmi les boosters labellisés figure le booster Nova, localisé autour de Toulouse, Bordeaux et Montpellier, qui doit faire émerger des services dans plusieurs domaines, notamment dans l’agriculture.

De nouveaux territoires d’innovation en agro-écologie et développement durable

La région Grand Est fait également partie des acteurs ayant pris le virage des nouvelles technologies, notamment le territoire champenois. Sous l’impulsion de l’agence pour l’innovation et le développement ID Champagne-Ardenne, de nombreux projets ont émergé, comme celui de l’Association régionale du développement de l’emploi agricole et rural (ARDEAR) qui accompagne les paysans souhaitant améliorer leurs pratiques, développer l’autonomie de leur ferme ou la qualité de leurs produits. Cette structure travaille notamment avec le laboratoire d’économie de gestion de l’Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA) à la construction d’un référentiel permettant de comprendre comment les paysans en circuit court gèrent leur ferme.

Non loin de là, sur le site de Bretenière, en Côte d’Or, le pôle Agronov se présente comme une organisation singulière, car il fait figure de pépinière d’entreprises, de centre de recherche mais aussi de centre de formation. Il est exclusivement consacré à l’innovation agricole et a vocation à favoriser les synergies entre les acteurs du secteur, afin de faire de la Bourgogne Franche-Comté un territoire d’expertise en agro-écologie. Un accord cadre a été conclu en septembre 2016 entre les partenaires économiques, institutionnels et universitaires afin de déterminer une feuille de route sur les cinq prochaines années. « Les initiatives relatives aux cultures durables et à l’éco-environnement font partie des piliers de notre développement futur », assure François-André Allaert, président de Dijon Développement. Ce site atypique de la Bretenière du Grand Dijon, est situé en bordure de l’Unité Expérimentale de l’INRA, et regroupe actuellement un hôtel d’entreprises innovant, du foncier aménageable ainsi que la Maison de l’Agriculture. Des serres d’acclimatation et terrains d’expérimentation sont également mis à disposition. « Dans un souci de cohérence économique, le potentiel agricole vient s’ajouter de façon complémentaire à nos importants savoir-faire en matière de nutrition, d’alimentation-santé, qui concentrent des développements forts au sein de notre territoire. Il s’agit d’un des fers de lance régionaux », souligne François-André Allaert.

A noter que pour tourner le secteur résolument vers l’avenir, Agronov déploie conjointement une action dans plusieurs domaines. La recherche et l’expérimentation occupent un rôle central qui doit faciliter l’émergence de nouvelles solutions pour l’agriculture. Le volet consacré à l’échange et la formation est un autre pilier, car il constitue une passerelle entre les savoir-faire et les compétences d’entreprises ayant des profils différents, mais des intérêts partagés. Enfin, l’accueil des start-up et sociétés déjà établies ayant vocation à s’engager dans une agriculture durable, représente un autre point essentiel.

D’autres territoires voient émerger des acteurs d’avenir du secteur, comme l’Île-de-France où la jeune société Airinov, qui propose des services de cartographie des exploitations agricoles par drone, s’est fortement développée au cours des dernières années aux côtés de l’incubateur parisien Agoranov. La start-up francilienne Cybeletech, avec son ambition de marier le Big data et l’agriculture, imagine quant à elle la serre connectée. Un projet futuriste visant à optimiser au maximum les connaissances et la performance des exploitations.

Mathieu Neu

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