Comment transformer le pire en meilleur ? Philippe Croizon, quadri-amputé mais surtout sportif de l’extrême, apporte un élément de réponse…

"Le froid ? La peur ? Connaît pas..."
“Le froid ? La peur ? Connaît pas…”

 

Aventurier-conférencier… Une activité fantasmée que l’on réserve bien souvent aux personnages de fiction, chercheurs de trésors, munis d’un fouet en ceinture et d’un Fedora vissé sur la tête. Pourtant, nous ne décrivons ici aucun personnage sorti de l’esprit de Spielberg. Mais plutôt la vie atypique de Philippe Croizon, sorte de creuset hétéroclite fait de défis et de challenges sportifs jugés impossibles par le commun des mortels. Mais cette vie que l’on peut penser rêvée ou du moins inspirante ne résulte que d’un long chemin de croix fait d’abnégation, de pugnacité et d’une inlassable envie d’entreprendre sa vie. Récit.

 

Comprendre la résilience puis l’enseigner

14 ans se sont passés depuis son terrible accident. Aujourd’hui Philippe Croizon a laissé, de force, son ancienne vie derrière lui. Alors père de famille, l’homme âgé de 26 ans est touché par une ligne électrique de 20000 volts alors qu’il travaille sur son toit à démonter son antenne de télévision, ce qui occasionne un arrêt cardiaque. Les séquelles sont irréparables. Après plus d’une centaine d’opérations dont l’amputation de ses deux bras et de ses deux jambes, Philippe Croizon affronte l’épreuve de sa vie. Ses béquilles, telles qu’il les appelle encore aujourd’hui, seront ses proches, ses enfants, qui feront preuve d’un soutien indéfectible. Un soutien nécessaire pour cet homme qui va passer par les fameuses cinq phases de la douleur que l’on impute aux pertes brutales : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. La rencontre avec son actuelle compagne, Suzana Sabino, pèsera positivement sur le sursaut de vitalité dans lequel s’est engagé le quadri-amputé. « Si tu avais le choix entre vie d’avant et d’aujourd’hui. Si on te rendait tes bras et tes jambes… Que ferais-tu ? A cette question que l’on m’a souvent posée j’y réponds en affirmant que ma vie est aujourd’hui plus riche et plus sensée », explique-t-il. Aujourd’hui, l’homme inspire sur le rebond, la gestion de l’échec, la résilience. « Nous avons tous besoin d’optimisme. Il m’a fallu presque 14 ans pour changer ma vision des choses, arrêter d’attendre que tout vienne à moi. Il faut en finir avec cette attente constante d’’aide, de l’Etat ou des autres. Nous sommes notre seul moteur et il faut se bouger, tout simplement », continue l’aventurier-conférencier. Vous l’aurez compris. Philippe Croizon n’aime pas l’attentisme et souhaite faire naître le déclic chez les autres, comme lui l’a vécu quelques années auparavant. Ce faisant, le conférencier fait partie de ces personnes devenues ambassadrices de l’optimisme, comme il le démontre d’ailleurs au Printemps de l’Optimisme. Mais pas dans sa définition béate. Philippe Croizon l’est devenu parce que le verre à moitié plein aurait bien pu se briser à plusieurs reprises. « Cela ne me pèse pas d’être devenu un modèle. J’aime partager et j’aime la communication. Je suis heureux sur scène. On rigole et on pleure. C’est le sel de la vie. Cela ne me lasse pas… », explique le chevalier de la Légion d’honneur également récompensé en tant que « Champion d’honneur » par le quotidien l’Equipe.

 

Aller au bout de ses idées

Aujourd’hui, Philippe Croizon possède le choix des casquettes : tantôt conférencier, tantôt chroniqueur sur France 5 pour le Magazine de la santé, tantôt sportif de l’extrême. Sa préférée à ce jour ? Difficile de trancher même si l’homme est actuellement en train de préparer sa prochaine idée folle : le Dakar, nouveau challenge qui reflète la culture du risque que s’est forgée le quadri-handicapé.

L’homme a de l’humour, de l’autodérision, et se compare à un « Playmobil » dès lors qu’il s’agit de changer de prothèses pour s’atteler aux tâches quotidiennes. L’homme serait surtout monté sur ressorts au regard des différents sauts d’obstacles effectués. « J’avais déjà décidé de vivre à nouveau et de ressentir des choses fortes. Mes enfants m’avaient offert un saut en parachute. Toujours convalescent, mon attention se porte sur un reportage qui traite de la traversée à la nage de Marina Hans à 17 ans après un premier échec. Une performance avec un taux de réussite de 10% pour les valides… A ce moment précis, j’ai oublié que j’étais handicapé. »

Son livre « J’ai décidé de vivre » puis sa traversée de la Manche à la nage en 2010 le propulsent sous les feux de la rampe. Débute, dès lors, une série de conférences à destination de tous les publics : « Pour les entreprises, il s’agit bien souvent de sensibiliser et de rassurer les personnes pour précéder la mise en place d’une politique liée au handicap, impulsée par le chef d’entreprise. Les gens ont peur de cet univers dont ils ignorent tout. Le but de mes interventions est juste de prouver qu’une personne, même en situation de handicap, est au moins aussi compétente qu’un individu valide – mais qu’il importe de faire confiance pour que ces personnes s’épanouissent », précise Philippe Croizon. Le conférencier se déplace également dans le monde privé pour expliciter les ficelles de sa résilience et de sa vision du dépassement de soi. « A chaque aventure, 99% des personnes me disent que c’est fou, irréalisable, impossible. J’ai réussi à me convaincre que l’impossible n’existe pas et à faire confiance aux 1% qui croyaient en moi pour monter un projet autour d’eux. La peur survient à chaque challenge, mais elle est constructive », analyse l’aventurier. Un discours qui résonne tant dans les milieux sportifs qu’entrepreneuriaux.

Aujourd’hui, cela fait six mois qu’il s’entraîne pour conduire son bolide en terres exotiques. « Je fonctionne à l’envie. Passionné de Formule 1, je me suis fixé comme objectif de participer à la prochaine édition du Dakar en janvier 2017. Les technologies aujourd’hui me le permettent. Je m’entraîne durement. J’ai décidé de fédérer 500 chefs d’entreprise. Il faut que j’en trouve encore 300. Je démarche toujours de la même manière : je ne parle plus de handicap mais d’aventure. C’est plus fédérateur et cela me motive de savoir que les collaborateurs d’une entreprise sont derrière moi », souligne le sportif.

D’ailleurs pour démarcher, l’homme peut aussi s’improviser commercial. Sa marque, c’est lui, son histoire. D’ailleurs, ce « personnal branding » fonctionne très peu par mail ou par téléphone, nous confie l’intéressé. Ses arguments ne pèsent qu’à l’aune d’un face à face où sa détermination et ses arguments sont bien plus criants de force. Reste que le chemin à parcourir est encore long. « Croizon » les doigts pour que l’homme continue de cultiver ce grain de folie si sain…

 

Geoffroy Framery

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