À 19 ans, Guillaume Rolland réveille le Concours Lépine ou Google en douceur avec son innovation SensorWake…

Guillaume-Rolland

« J’ai toujours aimé résoudre les problèmes du quotidien avec des gadgets »… À 13 ans, Guillaume Rolland dépose son premier brevet pour une machine à infuser le thé, lors du concours organisé par le magazine Science & Vie Junior qu’il emporte haut la main. « Chaque mois, j’achetais cette revue scientifique juste pour voir qui avait gagné le prix de la meilleure invention. Mon rêve, c’était d’y figurer un jour aussi. Je pense que c’est ce genre de challenge qui m’a donné envie de créer d’autres choses ! » En effet, pour lui, les concours couronnés de succès s’enchaînent : de nouveau celui de Science & Vie Junior, cette fois avec une ébauche de réveil ; puis celui des Jeunes testeurs de l’Institut national de la consommation, grâce à un essai comparatif des serviettes de plage pratiques.

Fin 2013, alors qu’il est encore scolarisé en terminale S, une nouvelle petite ampoule de génie illumine l’esprit du Nantais – un réveil olfactif !

 

Plus qu’un réveil, un “influenceur” de bonne humeur

« L’idée est venue d’une expérience personnelle. À l’époque, j’étais lycéen, je me levais tôt pour aller en cours et ce n’était pas évident tous les jours. C’est dur, c’est frustrant et on n’a jamais envie de sortir de son lit le matin. Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, ce sont les plaintes de mon père, directeur d’une maison de retraite, au sujet du réveil difficile et quasi impossible des personnes âgées (surtout les malentendantes). Les deux problèmes se sont croisés et je me suis dit : pourquoi ne pas se réveiller avec une odeur de parfum personnalisée ? Le réveil pourrait devenir positif et changer le cours de la journée », raconte le Géo Trouvetou nantais. En mai 2014, après avoir mené de front pendant plusieurs mois l’avancement de son projet et ses révisions assidues au Baccalauréat (qu’il a d’ailleurs décroché avec mention « très bien »), c’est plein d’espoir que Guillaume présente le prototype de son réveil olfactif au Concours des jeunes créateurs et inventeurs de Monts (Indre-et-Loire). Comme une machine à expresso, le réveil fonctionne avec des capsules de parfums différents (croissant, chocolat chaud, menthe poivrée, ylang-ylang, cannelle et thé, pêche…). « Le matin, une diffusion d’odeur s’actionne et passe par la capsule. Le jet d’air parfumé s’éjecte par le diffuseur pendant deux minutes. Les odeurs très concentrées stimulent les récepteurs du nez et sortent la personne du sommeil. Le seul cas où l’échec est possible survient quand le nez de la personne est bouché. Dans ce cas, une alarme sonore se met en route », rassure l’inventeur, pour les sceptiques. Le réveil olfactif épate, les succès s’enchaînent. Une médaille d’or au Concours Lépine, une victoire au concours de création d’entreprise « Grain Boss » en Suisse, et une sélection à Google Science Fair, où il a été le premier Français à avoir la chance de participer au programme « We can change the world » consacré aux innovateurs. « Même si je ne l’ai pas gagné, j’ai bénéficié d’une belle visibilité dans les médias français et internationaux. Pour moi, c’était un grand tremplin », sourit le jeune optimiste.

C’est dès la première année de formation d’ingénieur à l’Université de technologie de Compiègne (UTC), qu’il a décidé de se lancer dans l’entrepreneuriat.

 

Une nouvelle French aptitude

La peur ? L’échec ? Dès le départ, tout était clair. « Quand tu es jeune, tu n’as pas d’enfants, pas d’engagement, donc tu n’as pas peur de te ruiner et de perdre quelque chose », sourit-il. En creusant un peu, l’interlocuteur comprend vite que Monsieur Rolland est un peu tombé dans une sorte d’ « American dream »… « En France, l’échec est très mal vu. C’est même déplorable ! J’ai plutôt une vision américaine : l’échec, ce n’est que du bon ! Je pense que sur un CV, il équivaut même à un bonus. Les petits échecs font la grande victoire ! Il est nécessaire de se voir confronté à des défaites, sinon tout serait trop facile. Plus haute est la chute, plus forte est la douleur ! Mais on continue d’avancer ! », ajoute l’entrepreneur, en philosophe.

« Ma famille ne m’a pas mis de bâtons dans les roues, même si elle s’inquiétait pour mon avenir en me disant que les études étaient très importantes. J’ai été bien accueilli dans le monde de l’entreprise sans pour autant avoir un mentor référent. Beaucoup de personnes ont été très attentives à mon cas, notamment le patron de la banque Julius Bär, et le dirigeant de Sage, qui fournit le logiciel gérant les capsules de café Nespresso. Axelle Lemaire, la secrétaire d’État au Numérique, s’est également intéressée à moi. Elle m’a fait rencontrer du monde et des investisseurs. C’est une personne qui ne laisse pas tomber l’entrepreneur français et qui pousse la France à aller plus loin dans l’innovation. Il était rassurant d’être aussi bien entouré dans cette jungle des start-up, que je ne connaissais pas. » Contacts en poche, statuts de son entreprise « SensorWake » rédigés, Guillaume Rolland s’associe avec Ivan Skybyk, un entrepreneur Nantais. Ensemble, ils co-fondent la marge juridique et montent une équipe qui compte aujourd’hui trois nouvelles recrues. Quant aux fonds levés, c’est aussi une belle victoire. 200000$ sont en effet récoltés par le biais de la campagne de crowdfunding qu’ils ont lancée. « Maintenant, nous avons une nouvelle stratégie : lever des fonds de manière traditionnelle cette fois, pour accélérer la croissance. » Le réveil se vendra avec des packs de capsules (continental breakfast, nature, business…) qu’il faudra racheter une fois la cartouche finie. SensorWake sera d’abord disponible en vente sur un site web dès la fin de l’année et à l’avenir distribué dans les grandes surfaces spécialisées. « L’entreprise est une grande famille dans laquelle les jeunes de moins de 25 ans ont une place. Leurs idées fusent, et certaines pourraient aboutir à de grands projets. C’est le meilleur âge pour se lancer. Il n’y a pas de risques, pas de pertes énormes ! Les jeunes ont un potentiel fou, et si on les associe à ceux qui ont déjà de l’expérience, on pourra former une complémentarité assez dingue. Malheureusement, ce n’est pas dans les mœurs de la France, où on nous dit qu’il faut faire d’abord des études, puis chercher du travail et se construire. Il est intéressant de prouver qu’on peut s’épanouir autrement, en gardant toutefois à l’esprit que les études sont un élément primordial de la construction de notre monde. »

Fidèle à ses opinions, Guillaume Rolland a décidé de conquérir la « French Tech » et a pris une année de césure pour se consacrer pleinement à son entreprise, espérant développer un large portefeuille de nouveaux produits SensorWake…

Article réalisé par Anna Ashkova

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