EcoRéseau ne met pas cette fois-ci le focus sur une entreprise qui souffre ou coule, mais sur Roxanne Varza, âgée de 28 ans. L’Américaine a lancé en France les FailCon, où des entrepreneurs se rencontrent et parlent de leurs échecs.

Si tabou que certains préfèrent le mimer plutôt que d'en parler...
Si tabou que certains préfèrent le mimer plutôt que d’en parler…

Vous avez organisé plusieurs FailCon à Paris. De quoi s’agit-il ?

Ce concept est né en 2009 à San Francisco. Ce sont des conférences annuelles d’une journée où des entrepreneurs viennent partager leurs expériences de l’échec. L’idée est surtout d’expliquer comment ils s’en sont sortis et de montrer ce qu’il ne faut pas faire. Nous y avons reçu des entrepreneurs connus comme Vinod Khosla, cofondateur de Sun Microsystems, les fondateurs de Zynga, Foursquare…

 

Depuis quand avez-vous importé le concept en France ?

Nous avons organisé le premier FailCon en septembre 2011 et le second un an plus tard. Le troisième s’est déroulé en avril dernier à Bercy. Nous avons repris le même concept et, dès le départ, nous avons obligé tout le monde à parler en anglais. La barrière de la langue et la présence de participants étrangers font que les entrepreneurs français se prêtent plus facilement au jeu. Lors de la dernière édition, nous avons accueilli 200 personnes aux profils variés : jeunes patrons de start-up, chefs d’entreprise expérimentés, investisseurs, représentants de grands groupes, journalistes…

 

28 ans, et déjà un parcours remarquable. Vous êtes depuis septembre 2012 responsable des relations avec les start-up françaises chez Microsoft. Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à l’échec ?

Je suis passionnée par l’entrepreneuriat et passe donc beaucoup de temps dans le milieu des start-up. Or il est de notoriété publique que 60 à 80% d’entre elles ne réussissent pas. Si les entrepreneurs ont peur de prendre des risques, c’est parce qu’ils ont peur d’échouer. La question de l’échec est au cœur de l’entrepreneuriat.

 

Vous êtes Américaine et connaissez bien la culture française. La perception du risque et de l’échec est-elle différente des deux côtés de l’Atlantique ?

La peur de l’échec est beaucoup plus marquée en France. Aux Etats-Unis, les gens évoquent beaucoup plus aisément leurs erreurs. Là-bas, les gens n’ont pas peur de montrer qu’ils ont créé des start-up qui n’ont pas fonctionné. En France, les gens ont davantage tendance à cacher leurs échecs.

 

D’après vous, quelle en est la raison ?

Je pense que cela provient du système scolaire. Quand j’ai fait mes études en France, je me suis rendu compte que les élèves étaient rarement incités à prendre des risques. L’étudiant français pose une question plus pour montrer qu’il a des connaissances. La prise de risque n’est pas valorisée. Aux Etats-Unis, on n’hésite pas à poser des questions, même si elles peuvent paraître ridicules.

 

Vous voulez dire que l’échec est moins tabou outre-Atlantique ?

Souvent les investisseurs américains préfèrent miser de l’argent sur des personnes qui ont déjà échoué par le passé, car ils supposent qu’elles ont appris de leurs erreurs. Je me souviens d’un entrepreneur américain qui avait connu deux échecs et deux réussites auparavant et qui avait réussi à lever 40 millions de dollars. En France, il est difficile de lever une telle somme, et ça l’est d’autant plus si vous avez déjà connu des échecs.

 

Constatez-vous une évolution des mentalités françaises à ce sujet ?

Oui, les gens sont de plus en plus ouverts pour en parler. A chaque FailCon, nous trouvons davantage de speakers. Cette année, pour la première fois, nous n’avons pas eu de mal à trouver des sponsors. Auparavant, aucune marque n’osait apposer son nom. Et des gens intéressés me contactent, et des événements similaires au FailCon apparaissent à Strasbourg ou Toulouse.

 

Quels types d’échecs abordez-vous lors d’un FailCon ?

Parmi nos speakers, nous avons eu par exemple le témoignage d’une personne dont l’associé était décédé. Nous avons aussi accueilli une autre qui a arrêté sa scolarité à l’ENA afin de créer sa start-up. Ou encore une personne qui avait levé de l’argent auprès de très grands investisseurs, mais qui ne parvenait pas à trouver le bon modèle économique et qui, pendant plusieurs mois, ne pouvait même plus se permettre de se payer à manger le midi. A chaque fois, il est incroyable de voir le côté profondément humain de l’entrepreneuriat.

 

Est-il plus facile de parler de certains échecs que d’autres ?

Assurément. Pour tous les échecs liés à une problématique de produit, de marché ou de levée de fonds, je n’ai aucun mal à trouver des speakers. En revanche, quand il s’agit d’un échec impliquant des relations entre individus, les gens ont beaucoup plus de mal à en parler, car il y a souvent une dimension très personnelle. C’est le cas notamment des mésententes entre associés.

 

Avez-vous des ambitions concernant le FailCon ?

J’aimerais encore développer ce type de conférence sur Paris. Je suis également impliquée dans l’organisation d’une édition en Iran, où j’ai des origines. Mais nous réfléchissons aussi à la possibilité de faire évoluer le modèle et de passer à l’étape suivante, en créant un prix par exemple.

 

Et vous, quels sont vos propres échecs ?

(Rires) Tout le monde a ses échecs. En ce qui me concerne, j’ai fondé en 2012 le site rudebaguette.com, un média en anglais parlant de l’entrepreneuriat en France. Mais, avec mon associé, nous nous sommes rendus compte que nous avions des visions du projet tout à fait opposées. J’ai donc quitté l’aventure. L’ironie, c’est que j’ai vécu cette expérience bien après le lancement des premiers FailCon. Aujourd’hui, si je devais monter un nouveau projet, je ne referais pas la même erreur. C’est bien la preuve que l’on apprend de ses échecs… et de ceux des autres..

 

Propos reccueillis par Yann Petiteaux

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