Les diverses trouvailles ne sont pas qu’anecdotiques. La mini-production et le stockage d’énergie domestique vont monter en puissance.

Les Zeux modernes sont parmi nous...
Les Zeux modernes sont parmi nous…

Recharger son mobile avec de l’urine… Avant de remettre à sa place le collègue geek qui vous assène une telle énormité devant la machine à café, prenez le temps de lire cet article. Avec son équipe le Dr Ioannis Ieropoulos de la West of England University, associée pour l’occasion avec l’université de Bristol et du Bristol Robotics Laboratory, a réussi à produire suffisamment d’électricité à partir du déchet-produit ultime pour envoyer des SMS, surfer sur Internet et passer un bref coup de fil. Et les chercheurs britanniques espèrent développer la technologie des piles à combustible microbiennes pour permettre de charger complètement un téléphone portable à partir de la dégradation des déchets organiques. De part et d’autre les innovations foisonnent pour qu’un jour les utilisateurs n’aient plus à accomplir le geste quotidien, propre à tout le monde, de brancher le mobile. Petit topo.

Applications immédiates

Certains visent une plus grande efficacité lors de la recharge. Une équipe de Stanford a conçu des batteries dont le lithium a été remplacé par de l’aluminium. Les chercheurs ont ainsi pu recharger un smartphone en une minute, et celui-ci fonctionne sept fois plus longtemps qu’avec les batteries traditionnelles. L’énergie solaire est également possible, grâce à un panneau et une météo propice. En 2009, Samsung avait déjà lancé le téléphone Blue Earth, équipé de capteurs solaires, qui nécessitait une heure d’exposition pour dix minutes de conversation. D’autres cherchent à recharger le mobile sans le brancher grâce à l’induction magnétique. La technologie QI qui date de 2008, plébiscitée par HTC, Sony, etc., et exploitée par Ikea, fonctionne comme une plaque de cuisson. L’un des composants du smartphone permet, en entrant en contact avec un socle adéquat branché sur une prise et diffusant un champ magnétique – un meuble ou un coussin par exemple –, de recharger, mais durant un temps supérieur de 20% au branchement traditionnel. Désagréments dus aux champs électromagnétiques et déperdition sont les inconvénients. Plus prometteuse, la conduction. A Telecom ParisTech, lors d’un projet étudiant sur l’énergie du futur, Timothée Le Quesne et Daniel Lollo ont créé une surface qui recharge. « Nous avons conçu un prototype avec des enseignants-chercheurs de l’école, puis breveté un pad constitué de petits carrés conducteurs. Cette plaque reliée au secteur permet selon sa taille d’alimenter smartphones et ordinateurs en énergie  », explique Timothée Le Quesne. Le smartphone est muni d’un sticker dont la présence permet à la plaque de détecter la présence d’une batterie et de la mettre en charge. Un troisième larron, Matthieu Poidatz, a rejoint les deux associés pour créer Energysquare, start-up sélectionnée par l’incubateur de NUMA. Ils ambitionnent d’adapter cette technologie à tous les appareils à batterie comme les drones, enceintes portables, appareils photo… mais aussi de l’intégrer à du mobilier. « Nous avons voulu rendre le système le moins intrusif possible », relate Timothée Le Quesne. D’autres ont décidé de se servir de l’énergie à disposition. L’Institut supérieur coréen des sciences et technologies (KAIST) a créé Wearable Thermo-Element, une innovation – récompensée lors du forum Netexplo à Paris – prenant la forme d’un sparadrap et intégrable aux vêtements, et qui permet de transformer la chaleur du corps en énergie pour recharger l’appareil mobile. De même des bottes, des sacs de couchage ou des poches arrière de pantalon équipés d’un chargeur de téléphone, sont en développement chez Orange et Vodafone. Lové pendant huit heures dans votre poche, votre téléphone devrait vous permettre de converser pendant 24 minutes, selon l’opérateur britannique. Autre création d’énergie, les mouvements du corps qui peuvent faire bouger de petits générateurs. Bionic Power a conçu un bracelet à enrouler autour de son genou. Destiné aux militaires, il pourrait charger jusqu’à quatre téléphones en une heure de marche.

Et demain ?

Les belles histoires comme Energysquare, qui a déjà vendu sur Kickstarter 1500 unités à 60 euros et qui peut donc commencer une vraie industrialisation, ne sont pas si nombreuses malgré l’inventivité ambiante. En effet, « la technologie de recharge évolue, mais à la même vitesse que la puissance dont ont besoin les nouveaux appareils pour fonctionner. Les utilisateurs ont donc la même autonomie qu’il y a dix ans », déplore Timothée Le Quesne, qui a intégré ParisTech entrepreneurs et commencera les premières livraisons en décembre 2016 dans le monde entier. Beaucoup d’autres innovations sont prometteuses pour le futur. Eesha Khare, une étudiante américaine, a inventé à 18 ans un dispositif de stockage d’énergie qui peut être rechargé en 20 à 30 secondes : un super condensateur capable de conserver une grande quantité d’énergie dans un espace très réduit, présenté en mai 2013 lors de la Foire Internationale de la Science et du Génie de Phoenix. Un an plus tard, la start-up israélienne StoreDot Ldt. parvient au même résultat en développant des semi-conducteurs biologiques, composés de protéines qui permettraient d’accélérer le processus de chargement. Dans le futur certains smartphones pourraient se recharger avec le seul bruit ambiant. Des nanomatériaux qui figurent parmi les composants des smartphones vibrent et créent de l’énergie pouvant être stockée pour ensuite alimenter la batterie du téléphone. La start-up américaine uBeam a mis au point une technologie proche du Wi-Fi, convertissant les ultrasons en électricité, afin de recharger le smartphone. Rendez-vous dans peu de temps…

 

Julien Tarby

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