La domotique s’est transformée avec les smartphones et tablettes. On peut déjà tout piloter, ou presque. Mais le meilleur est encore à venir : la maison vraiment intelligente.

« Arrrgh ! Plus d’une personne dans la chambre, alors que ma femme était supposée être seule »
« Arrrgh ! Plus d’une personne dans la chambre, alors que ma femme était supposée être seule »

«La maison du futur » est un thème récurrent dans les cartoons de Tex Avery des années 40. Sa vision, forcément parodique, était en fait plutôt bien vue, entre appareils de cuisine autonomes et climatisation automatique (la cruauté systématique envers les belles-mères n’est, elle, pas encore au programme). En revanche, ce que Tex Avery n’avait pas vu venir, c’est que la maison de demain n’est pas passive, mais agit de façon autonome.

Smart house

« La maison va être capable de réfléchir par elle-même », explique Cédric Locqueneux, un passionné de domotique, fondateur du magazine Maison et Domotique, et qui travaille maintenant chez Domadoo, distributeur et revendeur de produits domotiques. Elle va détecter les habitudes des gens et se programmer en conséquence. » Par exemple, le système de chauffage apprendra les horaires et les préférences en matière de température des occupants, et en fonction de la météo, il optimisera au quotidien la consommation d’énergie.

La plupart des surfaces seront intelligentes et auto-nettoyantes (par exemple avec des bains de lumière UV), dotées d’écrans tactiles intégrés, tout comme les différents équipements – de l’électroménager à l’interrupteur, en passant par la balance, le miroir, la voiture… Ils communiqueront tous les uns avec les autres, créant ainsi un véritable réseau d’information dans le domicile, qui sera exploité par le système central : la maison. D’un geste de la main, ou de la voix, tout sera pilotable.

Grâce à des technologies de reconnaissance faciale, et de biométrie en général, la maison reconnaîtra ses occupants et les visiteurs, ouvrira la porte et déclenchera des programmes d’accueil appropriés ; ou encore, elle géolocalisera son occupant, et en-dessous d’une centaine de mètres, ouvrira le portail, allumera la lumière, désactivera l’alarme… Il n’est pas exclu d’imaginer qu’elle sorte même une bière du frigo !

Tout cela semble tiré par les cheveux ? De la science-fiction ? En fait, ce qui n’était pas prévu, c’est que cela prendrait aussi longtemps à arriver. La domotique existe depuis au moins une trentaine d’années, et est encore un marché de niche – du moins pour l’instant – mais le tableau dépeint ci-dessus n’est pas si éloigné de ce qu’il est possible de faire actuellement.

L’arrivée du sans-fil a changé la donne

Pendant longtemps, créer un réseau de domotique chez soi était cher et compliqué car il fallait installer des câbles dans les murs. Cela limitait donc la plupart des installations soit aux constructions neuves, soit aux rénovations lourdes. « On était lié à son installateur, explique Hervé Campion, créateur du blog Abavala !!!, une des références en la matière. Et comme chaque installation était personnalisée, il n’était pas toujours possible d’en changer, chacun ayant sa façon de faire. » Mais l’arrivée, il y a quelques années, de technologies radio à coût relativement faible, a tout chamboulé : on peut aujourd’hui créer chez soi une installation domotique complète sans casser un seul mur, avec des éléments fonctionnant sur batteries. Ce qui signifie qu’un locataire peut équiper son logement et emporter avec lui son installation lorsqu’il déménage, et qu’« ajouter un nouvel élément se fait en appuyant sur un bouton sur sa box », décrit Cédric Locqueneux. Autant dire que cela change tout.

Autre révolution récente qui va faciliter la démocratisation de la domotique : l’utilisation croissante des terminaux mobiles et des applications. Pour commander son installation, pas de nouvelle télécommande à apprendre, pas de manœuvre ésotérique à maîtriser : l’écran tactile est une technologie maintenant complètement adoptée par le grand public. « Cela a transformé la perception de la domotique de « cela gère à votre place » à « je pilote mon service » », explique Hervé Campion.

Enfin, le boom des objets connectés, comme les balances, et leur popularisation font que le grand public s’est également habitué à l’idée de communiquer et de contrôler des instruments du quotidien.

Tous ces facteurs font que le marché de la domotique devrait exploser dans un proche avenir. Une étude de NextMarket Insight prévoit, pour 2017, que le marché mondial de la domotique atteindra près de 11 milliards de dollars – contre 2 milliards en 2012.

Déjà dynamique, composé principalement de PME et de quelques grands noms (Somfy, Schneider Electric, Rexel…) le marché de la domotique est en plein bouleversement, avec l’arrivée de nouveaux acteurs, dont Google, Apple, La Poste, et presque tous les fournisseurs d’accès Internet – y compris Orange et SFR. Tous ces acteurs ont en commun d’être très connus du grand public, auquel ils ont un accès direct. Du coup, la domotique bénéficie d’une visibilité qui lui faisait cruellement défaut.

 

Un intérêt décuplé

Cette habitation futée a de solides arguments de son côté. Trois, pour être précis : l’économie, le confort et la sécurité. L’une des premières conséquences du passage à une maison plus intelligente est l’optimisation de la consommation globale d’énergie, un message porteur alors qu’EDF augmente le prix de l’électricité. « La technologie permet de véritables gains : le contrôle à distance optimise les performances, explique Pierre Colle, directeur de l’innovation activité retail chez Schneider Electric. Par exemple, l’installation d’un chauffage avec des fonctions de programmation horaire, des thermostats, etc., diminue considérablement – jusqu’à 40% – la consommation d’énergie nécessaire. » Sur les blogs, les témoignages d’utilisateurs en ce sens abondent.

La question du confort est en fait double. Il y a celui du particulier qui, sans toucher à quoi que ce soit, va par exemple entrer dans un appartement baigné de sa température préférée. Mais l’une des clientèles qui a le plus à gagner de la démocratisation de la domotique n’est pas celle à laquelle on pourrait penser, à savoir le jeune un peu geek adepte de la technologie. Non, ceux à qui la maison intelligente profitera le plus – et des installations-tests existent déjà –, ce sont les personnes âgées ou dépendantes. Le vieillissement de la population engendre des problématiques de dépendance fortes. La maison peut dès lors être capable de donner l’alerte si, par exemple, il est 13 heures et aucun mouvement dans les pièces n’est survenu, ou si elle détecte des signaux biologiques anormaux, ou encore rappeler vocalement de prendre ses médicaments. Une telle configuration peut reculer considérablement la date du déménagement en maison de retraite, permettant ainsi aux personnes âgées de rester plus longtemps chez elles.

Dernier argument, et non le moindre, la sécurité. « Aux Etats-Unis, la porte d’entrée vers la domotique est le système d’alarme », signale Pierre Colle. Les systèmes, aujourd’hui, vont beaucoup plus loin que la simple sirène : il est possible de faire de la simulation de présence, de disperser un gaz opacifiant en cas d’intrusion, d’alerter les autorités automatiquement en cas d’effraction…

De plus, il n’y a pas que le particulier qui profite d’une maison connectée. Les assurances, télécoms, acteur de la sécurité (notamment les systèmes d’alarmes), les chauffagistes… Tous sont intéressés. « Grâce aux informations récoltées, ils peuvent tous améliorer leurs services : optimiser les contrats, repérer les pannes à distance… », énumère Pierre Colle.

 

Déjà beaucoup de fonctionnalités

L’arrivée des objets connectés a également donné un coup de fouet au secteur, en élargissant considérablement ce qui était pilotable dans la maison.

De fait, aujourd’hui, on peut déjà tout contrôler, ou presque : lumière, chauffage, musique, home cinéma, porte, alarme, balance, la liste s’allonge tant et plus. En fait, la principale catégorie d’équipement qui manque encore à l’appel est l’électro-ménager, mais les premiers produits (réfrigérateurs, machines à laver le linge, plaques de cuisson, hottes…) commencent à arriver sur le marché.

Il est déjà possible de bâtir des scénarii complexes – des scènes, dans le jargon de la domotique. « Par exemple, la maison se connecte au calendrier. Si je travaille, elle va allumer la lumière dans la chambre et le séjour, mettre en route le chauffe-serviette… décrit Cédric Locqueneux. A l’heure du départ, mon lapin connecté (le Nabaztag, qui a connu un certain succès il y a quelques années, NDLR) me dit qu’il est l’heure, et le portail s’ouvre automatiquement. Quand je suis à plus de 500 mètres de la maison (distance calculée grâce à mon téléphone), la maison éteint les lumières et met l’alarme. » Elaborer une telle scène demande cependant encore aujourd’hui un certain travail.

Et pour ceux qui, pour des manipulations qui ne feraient pas l’objet de scénarisations, ne veulent même pas d’une télécommande, il existe déjà des systèmes de commande vocale, et la reconnaissance gestuelle n’est pas loin (elle équipe déjà des consoles de jeu).

 

Faire communiquer entre eux les appareils

En fait, la principale raison pour laquelle la maison qui réfléchit toute seule n’est pas encore là est qu’aujourd’hui, il n’existe pas de norme standardisée en matière de protocole de communication. « Les industriels se sont chacun spécialisés dans un domaine : l’économie d’énergie, la sécurité…, explique Hervé Campion. Et leurs solutions ne communiquent pas entre elles. » Aujourd’hui, plusieurs standards commencent à émerger, tels que Z-Wave, ZigBee, X10… et, plus connus du grand public, le bluetooth et le WiFi (mais ce dernier est encore pour l’instant trop gourmand en énergie pour être utilisable). L’arrivée future d’un standard commun, quel qu’il soit, permettra alors au consommateur de ne pas avoir à se soucier de l’aspect technique : il pourra acheter l’accessoire qu’il veut, l’installer facilement, et le remplacer sans contraintes. Un comportement qui sera facilité par la tendance actuelle à décentraliser l’intelligence : plutôt que toutes les fonctions soient concentrées dans la box domotique, chaque objet assure indépendamment ses fonctions, du moins celles de base.

Cette question du langage commun est cruciale. En effet, une fois que les appareils pourront communiquer tous entre eux, il deviendra possible au système central d’utiliser toutes les données et de les traiter sous tous les angles utiles, selon des méthodes d’analyse qui, là encore, existent déjà, dans le Big Data. La maison intelligente est plus proche que l’on ne croit…

 

 

Article réalisé par Jean-Marie Benoist

1 COMMENTAIRE

  1. La domotique va apporté un gain de confort et améliorer l’autonomie des personnes dépendantes. Plus besoin de faire le tour de la maison pour fermer les volets. Il fait trop sombre ou un peu trop froid ? Vos volets de se ferment en conséquences.
    Déformation professionnelle de ma question : à quand le portail automatique avec reconnaissance de plaque d’immatriculation ? 😉

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