Cinq ans après sa création en région parisienne, le spécialiste de l’impression 3D online veut s’attaquer au marché des Etats-Unis. Histoire d’une croissance à trois chiffres.

Décidément non, l’impression 3D, qui consiste à déposer et solidifier de la matière couche par couche (moins de 0,1 mm) à l’aide d’imprimantes spéciales, n’est pas un gadget ! Il suffit pour s’en convaincre d’observer l’évolution du marché mondial. En progression de 30% par an depuis une demi- douzaine d’années, il a augmenté de 35% en 2013 et devrait croître de 37% en 2014, pour s’établir aux alentours de 4 Mds d’euros. Cette course vers les sommets devrait encore perdurer dans le futur, au moins jusqu’en 2020 selon les spécialistes.

 

"Aidez-moi, j'ai coincé mes doigts !"
« Aidez-moi, j’ai coincé mes doigts ! »

Naissance dans un secteur explosif

C’est en tout cas la conviction de Clément Moreau, directeur général et co-fondateur de Sculpteo, qui a choisi de se positionner sur une niche à fort potentiel. « Nous faisons de l’impression 3D online ; c’est vraiment ce qui fait notre originalité », explique cet ingénieur issu de Centrale Paris, qui a mis son intelligence et ses convictions au service d’un projet entrepreneurial initié en collaboration avec Eric Carreel, ingénieur ESCPI et lui-même déjà à l’origine de la création de Withings, société spécialisée dans la conception d’objets communicants dédiés à la santé et au bien-être. Né en 2009, avec le concours du physicien français Jacques Lewiner, Sculpteo entend mettre l’impression 3D à la portée du grand public, mais aussi de TPE innovantes, en quête d’outils économiques pour tester puis mettre sur le marché de nouveaux produits. « Notre credo est de donner accès à cette technologie de la manière la plus simple possible, car nous voulons rendre l’impression 3D accessible à tous », affirme le directeur général de Sculpteo. Cette ambition se traduit dès à présent dans les chiffres, les particuliers pesant environ 20 à 30% du chiffre d’affaires. « Mais nous voulons surtout rendre l’impression 3D accessible aux entreprises qui n’y avaient pas accès précédemment, parce qu’elle était trop technique et trop chère. Avec notre système, le client peut commander son impression 3D en ligne, vérifier que ses fichiers sont corrects et choisir la matière la plus appropriée pour le produit qu’il veut réaliser : le plastique, la résine, l’argent massif, la céramique. »

Ami des grands et des petits

Résultat, les entreprises qui font appel à Sculpteo sont issues de secteurs d’activité de plus en plus diversifiés. Des bureaux d’études, des cabinets d’architectes, des chefs de produits qui font des goodies, mais aussi des entreprises de mécanique. « Ce sont des gens qui ont une idée, qui font appel à un designer freelance et qui veulent 1000 à 2000 pièces », développe Clément Moreau. Des produits parfois très techniques, qui peuvent aussi bien être des pièces détachées pour une industrie de pointe, qu’une petite série pour un produit en test imaginé par une start-up…

« En fait, nous sommes un facilitateur de démarrage industriel. Nous pouvons produire quelques milliers de pièces plus rapidement qu’avec une technologie traditionnelle, où il faut commencer par faire un moule. Nous apportons donc de l’agilité au client, qui va pouvoir mettre un produit sur le marché en quelques semaines, au lieu d’attendre plusieurs mois. Pour une petite entreprise, ce gain de temps peut s’avérer essentiel. »

Cette réactivité est non seulement un des gros enjeux de l’activité de Sculpteo, mais c’est aussi, selon les créateurs de l’entreprise, un enjeu fondamental pour l’avenir de l’innovation dans les pays développés. « Les moyens de production de masse sont désormais en Chine et nos bureaux d’études sont un peu orphelins. En s’éloignant des moyens de production, ils deviennent de moins en moins pertinents. L’impression 3D est un formidable moyen pour remettre les outils de fabrication aux pieds des bureaux d’études. » Voilà pourquoi Sculpteo ne s’adresse pas uniquement à des TPE, mais aussi à de très grosses sociétés. Ces dernières achètent de la maquette, de la présérie, voire de la première série. Car les entreprises, quelle que soit leur taille, ne souhaitent pas forcément investir dans des machines technologiquement compliquées et coûteuses. « Il s’agit de centaines de milliers d’euros d’investissement. Sur nos deux sites de production, nous disposons d’un parc de cinq machines qui représente environ 1 million d’euros d’investissement. »

 

Peu de contraintes physiques, ou géographiques

Si l’engouement pour l’impression 3D se vérifie dans un nombre de secteurs d’activité sans cesse plus important, c’est aussi parce que ce mode de production souffre de très peu de contraintes sur la forme. « Nous pouvons faire n’importe quoi, affirme Clément Moreau. Avec un moule en technologie classique, certaines pièces ne peuvent pas être fabriquées d’un seul tenant. En impression 3D cette contrainte est évacuée, puisqu’il n’y a pas de phase de démoulage. »

Une différence de taille, qui peut considérablement changer la donne pour certaines industries comme l’aéronautique, qui travaille sur des pièces avec des formes sans contraintes. En revanche, si la forme de la pièce constitue un facteur essentiel pour passer à l’impression 3D, la taille reste un facteur discriminant. « Nous travaillons sur des pièces qui, pour les plus grandes, font 70 centimètres. Au-delà, l’impression 3D revient cher. Une stratégie d’impression 3D doit être adaptée à certains critères : délais de fabrication, nature des matériaux, complexité de la forme de la pièce. »

Autant de critères qui n’empêchent pas Sculpteo de se développer de manière exponentielle : plus de 100% par an et un pic à 200% en 2013. Cinq ans après sa création, l’entreprise emploie 40 personnes sur trois sites : Issy-les-Moulineaux, où sont regroupé le siège, les fonctions commerciales, la R&D, et deux ateliers de fabrication à Villejuif (Val-de-Marne), et Arreau (Hautes-Pyrénées). « Nous avons également une antenne commerciale à San Francisco, car nous réalisons déjà 25% de notre chiffre d’affaires aux Etats-Unis », ajoute-t-il. Un marché nord-américain qui devrait d’ailleurs accueillir dès l’année prochaine la troisième unité de production de Sculpteo..

 

 

Article réalisé par Jacques Donnay

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