Sur un marché où les géants de l’industrie japonaise et coréenne ont pris position depuis longtemps, la PME française créée par Bruno Maisonnier joue les trouble-fête depuis sa naissance, et suscite les convoitises.

Et en plus il peut gratter le dos...
Et en plus il peut gratter le dos…

Baptisée du nom de l’étoile la plus lumineuse de la constellation du Taureau, Aldébaran, la société symbolise la concrétisation d’un rêve. Celui d’un banquier, Bruno Maisonnier, passionné depuis plus de 25 ans par la robotique, qui a décidé de quitter l’univers de la finance pure où il a exercé pendant de nombreuses années, pour s’investir dans l’industrie du futur. Créée en 2005, l’entreprise se donne d’emblée pour objectif de créer des robots humanoïdes, une nouvelle espèce bienveillante à l’égard des humains. Une quête aux accents humanistes, qui ne doit cependant pas masquer les ambitions commerciales du fondateur et de ses partenaires investisseurs. Car Aldebaran s’inscrit sur un marché au potentiel de croissance exceptionnel.

« De l’industrie à la santé, en passant par l’armement, les robots représentent aujourd’hui un marché évalué à cinq milliards d’euros pour le seul continent européen, soit 33% du marché mondial. Dans cet ensemble, la France pèse pour un peu moins de 600 millions d’euros », affirme Fabian Lainé, créateur du blog IA-Robots. Un potentiel énorme, sur lequel Aldebaran a posé ses premiers jalons avec la commercialisation des robots NAO et ROMEO. Lancé en 2006, le premier a déjà été vendu à plus de 5000 exemplaires à travers le monde. D’une hauteur de 58 centimètres, il est un robot domestique multitâches. Le second, né trois ans après NAO, mesure 1,40 mètre. Il est destiné à approfondir les recherches sur l’assistance aux personnes âgées ou en perte d’autonomie. Sa taille a été pensée pour qu’il puisse ouvrir une porte, monter un escalier ou encore attraper des objets sur une table.

 

90% du chiffre d’affaires réalisé à l’international

Après une phase de développement lourde en investissements et qui a généré une dette aujourd’hui de l’ordre de 20 millions d’euros, Aldebaran, dans la foulée de ses deux porte-drapeaux, s’est engagée dans une dynamique de croissance. À la fin 2012, l’entreprise affichait un CA de 18,8 millions d’euros, en augmentation de plus de 150% (6,9 millions en 2011), et programmait une nouvelle croissance pour les années futures. Notamment à l’international. D’ores et déjà, l’export représente près de 90% du CA et NAO a été vendu dans plus de 45 pays. Les universités étrangères ont plébiscité le petit robot français, qui a reçu le prix du meilleur robot de l’année 2012 pour l’éducation, remis par l’université de Pittsburg.

Un enthousiasme et une conviction que partage Bruno Bonnell, fondateur de la société de jeux vidéo Infogrames en 1983, et aujourd’hui dirigeant de la société Robopolis, qui a créé le fonds d’investissement Robolution Capital. Doté de 60 millions d’euros, celui-ci se fixe pour but d’investir dans des projets français et européens afférant à la robotique domestique, éducative et médicale : « Le rapport de l’homme à la machine a changé. Le robot devient l’homme augmenté et comme tous les acteurs de ce marché, Aldebaran l’a parfaitement compris et surfe sur une vague qui n’est pas près de s’arrêter ».

Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, qu’Aldebaran suscite des convoitises… et des rumeurs. Le 13 mars 2012, le Financial Times annonçait que la société japonaise SoftBank avait acquis 80% du capital de l’entreprise, après avoir déboursé la bagatelle de 100 millions d’euros. Le lendemain, Bruno Maisonnier démentait l’information. Quelques mois plus tard, en revanche, le fondateur de l’entreprise officialisait lui-même le rachat de Gostai, la société à l’origine du système d’exploitation Urbi et constructeur du robot de télé-présence Jazz. Fondée un an après Aldebaran, cette dernière apporte à son aîné un nouveau savoir-faire et conforte sa position de leader hexagonal sur le marché de la robotique humanoïde.

 

Des millions d’emplois à la clé

Pour Bruno Maisonnier, le doute n’est plus permis : les robots vont entrer dans notre vie quotidienne. « Cela s’explique non seulement par l’évolution technologique mais aussi par la démographie, indiquait-il au début de l’année dans une interview. Les personnes âgées et les enfants sont les premiers concernés par les robots. La robotique répond à un nouveau besoin d’avoir un compagnon. Ce marché va arriver à maturité peu à peu, avec à la clé des millions d’emplois dans les pays qui concevront, fabriqueront et vendront les robots. »

Si les Japonais, les Coréens et les Américains semblent avoir pris un peu d’avance, le fondateur d’Aldebaran est convaincu que la France, en général, et son entreprise, en particulier, ont encore une carte à jouer. « NAO est d’ailleurs reconnu comme le robot humanoïde le plus sophistiqué au monde », ajoutait-il dans la même interview. Ce qui ne l’empêche pas de percevoir les limites liées à la taille de son entreprise dans ce grand jeu planétaire, où les géants industriels peuvent investir des sommes colossales. Pour effacer ce handicap, il a donc porté la création de Cap Robotique. Ce cluster, qui réunit des industriels, des laboratoires de recherche, des universités, des écoles… joue non seulement un rôle en matière de R&D, mais permet également aux industriels français de faire du lobbying, de communiquer et d’organiser des événements.

Il reste cependant de nombreux problèmes à résoudre pour que le marché prenne totalement son envol. A commencer par le prix. Pour acquérir NAO, il faut aujourd’hui débourser plus de 10000 euros. Une somme que le grand public n’est pas encore prêt à engager. « Le rapport qualité/prix est au cœur des problématiques, reconnaît Bruno Maisonnier. Il faut inventer des matériaux et faire évoluer les capteurs. L’énergie et l’autonomie constituent un autre frein. » Pas de quoi cependant le décourager. Avec quelque 15000 robots en commande, l’entreprise, qui emploie 350 salariés entre Paris, Boston, Shanghai et Tokyo, devrait passer le cap des 40 millions d’euros de CA cette année.

 

Article réalisé par Jacques Donnay

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