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Faut-il changer sa manière de travailler avant de changer ses bureaux, ou inversement ? Nextdoor a tranché, avec des lieux qui changent la manière de travailler et collaborer.

Exemple de "meet-up" chez nextdoor
Exemple de « meet-up » chez nextdoor

Freelancers, start-up et grands groupes se côtoient dans les anciens locaux de Canal+ situés à Issy-Les-Moulineaux au 41 et 43 rue Camille Desmoulins, partageant trois types de volumes : des espaces de coworking qui incluent un café et un lieu de restauration, des salles de réunion de quatre à 35 personnes, amovibles pour les plus grandes d’entre elles, et des bureaux privatifs. Une centaine de sociétés au total jouissent de ces lieux. Et le nouveau bâtiment ouvert le 17 octobre dernier au 43 de la rue, en face de son aîné, se caractérise déjà, le 4 novembre, par un taux d’occupation de 70%. Aujourd’hui, ce sont 800 personnes qui s’adonnent à un va-et-vient pendulaire dans cet antre de la convivialité.

Comme chez soi sans les charentaises

« Le concept de nextdoor est celui de casser les codes du tertiaire : le bar avec tireuse à bière et l’accueil sont collés l’un à l’autre. Les lieux contribuent à créer du plaisir et du confort social sur le lieu de travail. Nous développons tout un panel d’animations festives et business », relate Stephen André, Smile Ambassador de la structure, ou si vous préférez responsable de la communication.

Les meetings se veulent informels et les thèmes abordés diversifiés, mais tous sont liés à l’innovation : nouveaux langages de programmation, défiscalisation immobilière, utilisation de nouveaux outils digitaux. Entre autres, les DG France de Facebook, Twitter et de Microsoft ou encore Emmanuelle Duez, connue pour son fameux Boson Project, sont intervenus dans les espaces de coworking afin que ces meet-up se réalisent dans un cadre plus intime et informel.

Les concepteurs de nextdoor vont encore plus loin en proposant des afterworks – un classique, mais celui-ci mélange chaque entreprise –, des ateliers de manucure, des cours de photo… « Au boulot, on amène souvent un souvenir heureux qui vient de chez soi : une photo, une plante, un mug… Mais l’inverse est rare. Tout comme l’on peut ramener du travail chez soi mais peu d’entreprises peuvent se targuer d’adopter les codes rassurants du chez soi au travail. L’initiative peut sembler légère mais elle contribue à faire de chaque individu qui arpente les lieux un membre de la communauté nextdoor », poursuit Stephen André. Le tout avec application smartphone, pages dédiées sur les réseaux sociaux, newsletter et trombinoscope à l’appui.

Casser les codes et l’offre de l’immobilier tertiaire classique

L’équipe est dimensionnée pour gérer les deux bâtiments. Une dizaine de personnes se divise les tâches, du manager à la maintenance technique, en passant par la gestion de l’accueil, du bar, des achats, de la prospection commerciale, du montage de partenariats, etc.

Et côté prix ? 300 euros HT par mois pour un coworker, 490 euros HT par poste pour un bureau privatif. « Nous avons un positionnement moins cher de 20 à 30% par rapport aux offres du tertiaire classique en région parisienne. Rappelons également que l’immobilier tertiaire ne possède qu’un taux d’occupation de 60%. Ainsi, avons-nous découpé l’immeuble pour le rendre le plus rentable possible. Les offres peuvent être packagées, mais surtout notre offre est flexible en termes de durée et de dimension. D’un mois à l’autre, nous pouvons arrêter l’offre pour laisser respirer l’entrepreneur, ou agrandir les bureaux, ou faire emménager une entreprise dans des locaux plus grands ou plus petits », explique Stephen André.

Au 43 de la même rue, le petit frère du bâtiment pilote, déjà rempli au bout de trois mois, possède un dimensionnement un peu plus grand mais mise sur la même recette : à chaque étage, l’ascenseur s’ouvre sur un espace collaboratif avec billard, téléviseur et consoles de jeu vintage, voire même à un étage en particulier sur un espace tisanerie.

Chaque entreprise possède donc des lieux dédiés et presque sur-mesure. Certaines constantes se retrouvent d’un espace à un autre : le mobilier est sobre certes. Ne vous attendez pas à de l’art déco, sauf peut-être pour les espaces de convivialité. Mais là n’est pas l’important. Des cabines téléphoniques trônent souvent au milieu des open spaces. Entendez ici des petites pièces avec pupitres pour recevoir des personnes ou parler sans déranger. Chaque bâtiment possède ses douches pour les sportifs, une prairie – sorte de pièce improbable en intérieur avec tableaux blancs, balançoire et poufs en tout genre –, une bibliothèque et des coins récréatifs en extérieur. Pour le 43 par exemple, il s’agit d’un jardin en angle sans vis-à-vis adossé au bâtiment avec « terrain de boules, barbec’ » et mobilier coloré pour pouvoir travailler lorsque la température l’autorise.

Bien-être, émulation et responsabilisation : la fin du management à la papa

Surtout nextdoor voulait répondre au changement de paradigme de l’entrepreneuriat en France. « Nous passons de l’entreprise baleine à une multitude d’entreprises en mode banc de poissons qu’il faut fédérer et faire vivre. La start-up “Have a Good Day” hébergée chez nous gère le bar au 43 et s’occupe d’une partie de l’événementiel », se réjouit le professionnel de la communication.

Aussi les locaux de nextdoor correspondent-ils à ces nouvelles façons de travailler des entreprises qui font du bien-être, facteur indéniable de productivité, un élément central de leur stratégie. « Les rencontres, même informelles, amènent à de la créativité et à une ouverture d’esprit, ajoute Stephen André. Même si en France, nous ne sommes pas encore prêts à renoncer au présentiel et à changer nos modes de management. Mais cela bouge à nextdoor. » Comme le témoigne un cabinet spécialisé dans la stratégie RH qui ne possède plus de bureau attribué à la direction depuis son emménagement. Le dirigeant, au moment de remplir son cahier des charges, a réalisé qu’il passait à peine 20 à 30% du temps dans son bureau. Il a donc décidé de travailler, sur son temps de présence, à côté de ses collaborateurs…

Et bizarrement, les adultes ne se retrouvent pas à faire des tournantes… de ping-pong pendant trois heures ou à rester scotchés devant la Super Nintendo. Ils respirent, rient, se détendent. Nextdoor n’incarnerait-il pas ce lieu et cet état d’esprit qui responsabilisent enfin le collaborateur ? Une utopie ? Dans tous les cas, autre lieux, autre mœurs. « Une fois ici, les dirigeants doivent un peu lâcher du lest et se libérer », ajoute le Smile Ambassador. Une nouvelle façon de collaborer ou de se rencontrer qui n’est pas sans rappeler les « tiers lieux », ces fameux espaces qui fleurissent actuellement dans les grands groupes pour mutualiser les compétences et déconstruire les silos, afin d’accoucher de cycles d’innovation plus courts.

Ambitions avouées

Bonne nouvelle, ces bureaux du futur vont être dupliqués. « Nextdoor est le résultat d’un projet intrapreneurial porté par un actionnaire unique, Bouygues Immobilier, qui nous laisse carte blanche. Nous projetons d’essaimer le concept en Île-de-France l’année prochaine puis ensuite sur l’ensemble du territoire et à l’international », développe Stephen André. A l’heure où la rédaction déambulait dans ses bureaux nouvelle génération, nextdoor venait d’ouvrir un nouveau site à La Défense. De nouvelles ouvertures sont prévues très prochainement Gare de Lyon, Porte d’Orléans, Gare Saint-Lazare et à Neuilly….

Geoffroy Framery

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