La région Bourgogne Franche-Comté vit principalement de l’industrie et ne manque pas de projets de modernisation pour faire de ce vaste secteur un atout tourné vers l’avenir.

Désormais, le Lion de Belfort a un territoire beaucoup plus vaste à surveiller…
Désormais, le Lion de Belfort a un territoire beaucoup plus vaste à surveiller…

Qui a dit que l’industrie française était morte ? La Bourgogne Franche-Comté détient le deuxième solde de balance commerciale positif, derrière la région Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées, avec 3,8 milliards d’euros. Un signe de bonne santé, de vitalité, tirée par… la sidérurgie-métallurgie, les machines et équipements, l’automobile, ou encore l’énergie. Bien sûr, le vin et ses activités associées jouent un rôle essentiel dans la croissance du PIB régional. Mais force est de constater que la Bourgogne Franche-Comté est une terre de savoir-faire qui va bien au-delà de l’exploitation de terroirs d’exception. La filière nucléaire, solidement implantée, concentre des compétences d’avenir, tout comme le secteur de l’éolien. La seule Bourgogne devrait compter 600 éoliennes dans son paysage d’ici 2020. « Les acteurs comme General Electric ou France Eole, fabricant de mâts pour l’éolien, entraînent avec eux un ensemble d’activités synonymes de création d’emplois pérennes. A cela s’ajoutera également le développement d’une filière hydrogène dans les prochaines années », décrit Jean-Claude Lagrange, vice-président en charge du développement économique au sein de la Région Bourgogne Franche-Comté. « Pour rendre l’innovation plus efficace, nous avons mutualisé les compétences en matière d’animation de recherche collaborative visant à rapprocher les acteurs. Dans de nombreux domaines, les projets menés conjointement se multiplient, comme en témoignent certaines sociétés de la filière ferroviaire et leur relation avec l’école supérieure des arts et métiers (ENSAM) », poursuit-il.

Le développement des secteurs de premier plan ainsi qu’une meilleure coopération entre les territoires pourront sans aucun doute compenser les déséquilibres issus de la forte disparité démographique qui caractérise la région. L’axe Dijon-Mâcon coupe en quelque sorte la Bourgogne Franche-Comté en deux parties. C’est globalement à l’est de celui-ci que la population est plus jeune, l’activité plus dynamique. Cette sous-région est bordée par les grandes aires urbaines de Dijon, Chalon-sur-Saône, Mâcon et Beaune, celles de Belfort et Montbéliard à l’extrémité de l’axe rhénan, mais aussi les zones urbaines de Besançon et Pontarlier près de la Suisse. La proximité de cette dernière, particulièrement attractive par les emplois qu’elle offre, a également un effet structurant. Autre atout : les facilités de communication. La région est parcourue par sept autoroutes et bénéficie de quatre grands ports fluviaux de première importance pour le transport de marchandises.

Locomotive industrielle

A l’heure où les sujets industriels de l’Hexagone sont régulièrement évoqués sous l’angle du déclin, la Bourgogne Franche-Comté prend des allures de champion du domaine. Elle se classe au premier rang national de la part des emplois en la matière avec 17,3%. Certaines activités spécifiques correspondent véritablement à l’identité que le territoire s’est forgée au fil du temps. La métallurgie et les productions associées représentent 34000 emplois salariés, la fabrication de matériels de transport plus de 27000, l’agroalimentaire plus de 25000. Les produits plastiques, en caoutchouc et d’autres matériaux non métalliques font travailler quelque 19000 personnes. Au total, ces quatre secteurs assurent 56% de l’emploi industriel régional. « Il est vrai que notre potentiel dans ce domaine est supérieur à d’autres régions, notamment en raison d’implantations importantes sur des sites du Creusot ou encore autour de Dijon », souligne Jean-Claude Lagrange. L’énergie et ses nouvelles orientations d’avenir jouent également un rôle crucial.

Le chimiste Solvay, situé à Tavaux-Dole, le groupe automobile PSA, à Sochaux et Vesoul, le groupe Bel, spécialiste des produits laitiers et producteur des marques à succès La vache qui rit, Mini Babybel, Kiri, Leerdammer et Boursin, à Dole et Lons-le-Saunier, sont quelques-uns des acteurs de poids. Signe de l’importance de ces filières, la région s’est dotée de cinq pôles de compétitivité destinés à accompagner leur développement. En plus de celui consacré aux microtechniques, les pôles Vitagora, dédiés au bien-être par l’alimentation, Plastipolis, spécialiste de la plasturgie, Véhicules du futur, interlocuteur de choix en matière d’innovations relatives aux véhicules et à la mobilité, et le Pôle Nucléaire de Bourgogne, sont de plus en plus connus au-delà des frontières. La visibilité de ces secteurs phares sera d’autant plus forte si les travaux se font main dans la main entre les territoires, comme l’indique Bernard Echalier, président de la CCI de Saône-et-Loire : « Il ne s’agit pas de brûler du jour au lendemain les actions réalisées par le passé, mais au contraire de capitaliser sur notre connaissance et notre expérience du terrain ».

Quand Grand Besançon rime avec haute précision

La technopole TEMIS (Technopole microtechnique et scientifique) et le pôle TEMIS Santé concentrent une grande partie des initiatives d’avenir bisontines. Une des priorités est le développement des collaborations relatives aux activités de haute précision qui sont largement orientées vers l’ingénierie des micro-systèmes, les technologies de microfabrication. « Le savoir-faire historique relatif à l’industrie horlogère ainsi qu’à la miniaturisation des systèmes fonctionnels explique cette spécialisation actuelle, indique Bruno Favier, directeur de la technopole. Parallèlement à ces compétences à l’origine de bon nombre de dispositifs médicaux innovants, les projets portent sur des domaines d’excellence liés au diagnostic in vitro, à la robotique ou encore à l’automatisation des process de bioproduction. »

De nombreux projets ont vu le jour récemment dans le but d’offrir de bonnes conditions d’implantation aux entreprises et laboratoires œuvrant dans le domaine des dispositifs médicaux, des biotechnologies, de la santé et de la e-santé. Le projet BioInnovation a officiellement été lancé cette année, avec pour but d’élargir encore l’offre et rapprocher les savoir-faire et spécialités. En plus des espaces d’accueil d’entreprises, ce bâtiment de 2500 mètres carrés doit représenter un système complet de plateformes technologiques (biologie moléculaire, cytométrie…). Il regroupera différents types de centres de ressources biologiques, de laboratoires permettant de travailler sur des cellules immunologiques, hématopoïétiques, des cellules souches, ainsi que les données statistiques du CHRU de Besançon.

L’entreprise Alcis, hébergée dans le Bioparc de la technopole, est un symbole des projets collaboratifs locaux réussis. Grâce aux relations privilégiées entretenues avec le CHRU et la recherche médicale, elle met au point des dispositifs médicaux spécifiques pour le traitement de l’épilepsie par sonde intra-cérébrale profonde. Elle est également devenue le sous-traitant d’autres fabricants du secteur. Autre exemple de succès qui attire l’attention d’investisseurs, la société Onefit Medical, née au sein de la technopole TEMIS. Son activité consiste à mettre en œuvre un guide de chirurgie orthopédique sur mesure, réalisé en 3D, sur la base de radios dont la particularité est la faiblesse des rayonnements et radiations émises par le système mis en place.

Dijon renouvelle son image

Et si la capitale bourguignonne devenait aussi célèbre pour son pain brioché hyperprotéique que pour sa moutarde ? L’une des grandes innovations locales du domaine de l’alimentation-santé, appelée G-Nutrition, concentre de nombreux espoirs. « L’idée part d’un constat simple : environ 70% des personnes dans les maisons de retraite sont en situation de dénutrition sur le plan protéique. Créer un aliment enrichi dans ce domaine, en utilisant un produit de consommation quotidienne – le pain – se présentait alors comme une solution pertinente », confie François-André Allaert, président de Dijon Développement. Ce projet est le fruit de travaux menés par les équipes R&D de Cérélab, une société créée par le groupe Dijon Céréales et Eurogerm, dans le cadre du programme Farine +, inscrit dans le pôle de compétitivité local Vitagora. « C’est une illustration des développements de notre territoire en matière d’alimentation-santé, un des fers de lance régionaux », souligne François-André Allaert.

Dijon mise également sur les objets connectés en santé. Pour se positionner au mieux sur ce créneau à l’avenir, l’agglomération a créé un colloque national qu’elle accueille désormais chaque année. Une orientation qui pourrait faire de la ville un des territoires de référence en la matière, d’autant que la Haute autorité de santé (HAS) envisage très sérieusement la possibilité de faire rembourser certains produits de ce type par l’Assurance Maladie en raison de leur bénéfice non négligeable. Certains acteurs locaux comme Protéor, spécialisé dans les prothèses connectées, recèlent un fort potentiel. François-André Allaert souligne « qu’en matière de dispositifs médicaux, des synergies sont envisageables avec Besançon, qui s’intéresse également à la question, même s’il s’agit de volets différents. Le rapprochement territorial entre Bourgogne et Franche-Comté ne peut que favoriser les collaborations et améliorer la lisibilité de notre offre vis-à-vis des entreprises extérieures désireuses de s’implanter ». Des sociétés canadiennes et coréennes ont d’ores et déjà fait part de leur intérêt pour le potentiel dijonnais.

Une puissance agricole

Bien sûr, la Bourgogne brille par son terroir d’exception. Ses vins et fromages traversent continents et océans et garantissent par leur renommée des années fastes à la filière. Bon nombre de professionnels se réjouissent déjà du regroupement sous une même bannière des saveurs bourguignonnes et franc-comtoises. Avec les vignobles de Bourgogne et du Jura, la grande région comptabilise désormais près d’une centaine d’AOC. Elle représente la quatrième région française en matière de productions de la terre et d’élevage. Mais le potentiel local ne repose pas seulement sur les savoir-faire séculaires. L’innovation laisse présager de nouveaux relais de croissance.

Le pôle Agronov, implanté sur le site de Bretenière, en Côte d’Or, fait à la fois figure de pépinière d’entreprises, de centre de recherche et de centre de formation. Il est entièrement dédié à l’innovation agricole et vise à favoriser les synergies entre les acteurs du secteur, dans le but de faire de la région un territoire d’expertise en agro-écologie aussi propice que possible au développement d’entreprises. En septembre dernier, un accord cadre a été conclu entre les partenaires économiques, institutionnels et universitaires pour déterminer une feuille de route sur les cinq prochaines années. Les missions d’Agronov s’articulent autour de trois catégories d’actions : la recherche et l’expérimentation qui doit faciliter l’émergence de nouvelles solutions pour l’agriculture, l’échange et la formation, afin de constituer une passerelle entre les savoir-faire et les compétences existantes et afin de faire collaborer les entreprises, le monde agricole et la recherche, ainsi qu’un volet économique qui se destine à l’accueil des start-up et sociétés déjà établies, qui ont vocation à s’engager dans une agriculture durable. « Les initiatives relatives aux cultures durables et à l’éco-environnement font partie des piliers de notre développement futur », rappelle François-André Allaert. Le site de la Bretenière du Grand Dijon, en bordure de l’Unité expérimentale de l’INRA, rassemble à ce jour un hôtel d’entreprises innovant, du foncier aménageable, des serres d’acclimatation et terrains d’expérimentation, ainsi que la Maison de l’Agriculture.

Mathieu Neu

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