Looten Industries : Solidarité nordiste

Comment renaître de ses cendres en deux semaines ? Cas pratique avec Looten Industries.

Aujourd’hui Looten Industries, la centenaire, domine la scène française du négoce d’instrumentation, de fournitures et de robinetterie industrielles. Basée dans le Nord-Pas-de-Calais, non loin de Dunkerque, l’entreprise créée en 1840 – à la base une quincaillerie – coule vraisemblablement des jours heureux et poursuit son développement. « Notre stratégie consiste actuellement à élargir l’éventail des compétences par le biais de la croissance externe et à développer notre maillage territorial pour assurer une plus grande proximité et une réactivité optimale pour nos clients », explique Eric Mériau, actuel président de SAS Looten. Ce faisant, l’actuel négociant étend son offre non seulement aux PME, ETI, grands groupes, mais désormais aux artisans de la région Nord-Pas-de-Calais et dans l’Est français. L’entreprise s’est symboliquement rapprochée d’un de ses grands donneurs d’ordre, Arcelor Mittal, en s’installant dans un nouveau bâtiment à Grande Synthe depuis novembre 2011. « Nous avons décidé de construire un “outil de production” nouvelle génération, construit selon les règles du développement durable et responsable, adapté à nos besoins et soucieux de l’environnement : luminosité gérée automatiquement, pompe à chaleur avec climatisation réversible, éclairage naturel, salles dédiées au showrooming, au SAV et au stockage… », énumère Eric Mériau. Un déménagement qui n’est cependant pas anodin ; et un destin entrepreneurial qui aurait pu être tout autre. Car à deux kilomètres à peine du nouveau site, demeurent les vestiges de l’ancien siège, parti en fumée en quelques instants. Récit d’une catastrophe industrielle.

Dans le Nord, il n'y a pas que les célèbres marques de bière qui peuvent prendre comme emblème le phénix...
Dans le Nord, il n’y a pas que les célèbres marques de bière qui peuvent prendre comme emblème le phénix…

Au feu !

Historiquement installé à Petite Synthe dans la couronne dunkerquoise, Looten Industries ou du moins ses bâtiments vont s’embraser un beau jour de 2009. « Le 9 juin vers 9h30, en une vingtaine de minutes à peine, nos locaux partent en fumée suite à un feu qui s’est déclenché dans une partie de l’entrepôt, causé par un présentoir publicitaire électrifié défectueux d’une société voisine. Bien heureusement, les quelque 50 employés s’en sortent sains et saufs », se souvient Eric Mériau. Malgré les 5000 mètres carré rasés… Mais les dégâts ne sont que matériels. Si dans les esprits, l’épisode reste gravé, la vie de l’entreprise n’a pas cessé longtemps. L’élan de solidarité à la suite de ce triste événement et les précautions prises en amont de la catastrophe ont permis de relancer la machine rapidement. « En urgence, nous avons d’abord retrouvé des bureaux grâce aux administrations et autorités locales et à un entrepreneur concurrent qui disposait d’un entrepôt vide », rappelle le président de Looten. A croire que la générosité des gens du Nord n’est décidément pas qu’un mythe. S’ensuit un bail précaire de deux ans et la reconstruction massive de racks de stockage, grâce à l’appui de la Région, afin que les clients puissent passer de nouvelles commandes dans de bonnes conditions. « Le personnel s’est aussi fortement mobilisé. Nos employés ont d’abord essayé de sauver ce qui pouvait l’être. Nous avons vite reconstitué un stock et les commerciaux se sont efforcés d’entretenir un lien serré avec les clients pour leur signifier que nous serions de nouveau présents sous peu », raconte Eric Mériau. Un coup du sort d’autant plus délicat à gérer pour le professionnel du négoce que Looten vient à peine de racheter une société (SAS Métal Artois), en taille deux fois plus importante, mais souffrant de problèmes de gestion et de trésorerie. Suite à une importante mobilisation notamment des clients et des fournisseurs, l’entreprise ne connaît pas le chômage technique. « Nombre d’acteurs nous ont aidés à nous remettre en selle –  certaines entreprises du secteur nous ont d’ailleurs prêté du matériel et des véhicules –, les clients nous sont restés fidèles et ce malgré quelques concurrents qui, au fait de notre sinistre, se sont empressés de réunir un comité d’administration pour prospecter nos clients. Il y a toujours des vautours mais globalement, un sentiment de solidarité ressort de cet incendie », complète le président.

 

Résilience constructive

L’enjeu humain ne s’est pas juste limité à protéger les vies le jour J. Il s’agissait également de relancer l’activité pour garder les emplois. Une chance permise d’abord parce que la mise en sécurité des données de l’entreprise, comptables, financières et commerciales fut optimale. « Par exemple, 100% des données comptables étaient hébergées ailleurs. Nous avons juste perdu les flux sur la première heure et demie, entre 8h et 9h30, mais tous les historiques de comptabilité, stocks et clients étaient déjà sauvegardés », détaille le dirigeant. Reste ensuite un travail de titan à réaliser par le courtier en assurances (Allianz Hugoo et Cohidon) pour faire valoir les droits de la société. Il s’agira d’ailleurs du troisième plus gros sinistre à traiter pour la compagnie d’assurance en 2009. Autrement dit, tout le travail se joue sur la facturation pour affiner et reconstituer le montant de la perte d’exploitation qui permet dans la foulée de débloquer des acomptes, afin de remettre à flot le stock consumé. « Cela dit, le principal exploit reste celui d’avoir relancé l’activité en une semaine malgré une procédure avec les assurances qui a pris un an, note Eric Mériau. Sans informatique, nous avons recommencé à faire des bons de commandes papier… Et deux semaines après l’incendie, le système informatique fonctionnait comme à l’accoutumée. » Six mois plus tard, la direction associait les salariés aux réflexions concernant le futur nouveau bâtiment pour faire de cette fumeuse histoire le souvenir d’un élan solidaire bien plus qu’un mauvais souvenir.

Geoffroy Framery

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