Des voitures aux panneaux photovoltaïques, pour que le territoire rayonne à nouveau…
Des voitures aux panneaux photovoltaïques, pour que le territoire rayonne à nouveau…

Et la lumière fut…

Théâtre d’une violente lutte sociale au cours de l’été 2009, l’ancien site a opéré sa reconversion dans l’industrie verte. Repris par la société VMH énergies, il produit chaque jour 200 panneaux photovoltaïques.

Juillet 2009. L’été social est chaud et médiatique. Dans la Vienne, à Châtellerault, la colère monte sans espoir d’accalmie. Devant les caméras des JT, les salariés de l’équipementier automobile New Fabris menacent de faire sauter leur usine à coups de bouteilles de gaz avant que celle-ci ne ferme. Reprise moins de deux ans auparavant par le groupe italien Zen, l’entreprise avait été placée en redressement judiciaire à la suite d’une baisse sensible des commandes. Lâché par Renault et PSA en juin 2009, le sous-traitant automobile avait ensuite été placé en liquidation judiciaire. Bilan : 366 salariés à la rue.

Au terme d’un long bras de fer, les « Fabris » n’ont finalement pas fait exploser leurs bombonnes. Le mouvement s’achève à la fin du mois de juillet 2009 dans les cris, les larmes et l’amertume. Après six semaines de négociations, les salariés se retirent non sans avoir arraché de dure lutte 12000 euros en plus de leurs indemnités légales. A l’époque, Jean-François Macaire était vice-président du Conseil régional de Poitou-Charentes en charge de l’économie. « C’était très dur pour les salariés qui se retrouvaient sur le carreau », se souvient celui qui a succédé à Ségolène Royal à la présidence de la Région. Un véritable traumatisme.

« Lorsque l’usine a fermé, Ségolène Royal a voulu montrer que l’on pouvait attirer de nouvelles activités économiques, rappelle Jean-François Macaire. Elle a alors décidé de racheter l’usine et d’en faire un site dédié à l’industrie verte. Nous avions alors deux pistes : les véhicules électriques et les énergies renouvelables. » La Région se porte acquéreur des lieux pour 800000 euros et en entreprend la dépollution, le désamiantage et la rénovation (3 millions d’euros de travaux) avec le soutien de la communauté d’agglomération de Châtellerault. « Ce n’était pas facile. Nous sommes tombés en plein moratoire sur le photovoltaïque. Et le projet de véhicule électrique n’a pas rencontré le succès espéré. »

250 salariés d’ici trois ans

Finalement, l’ancien site de New Fabris reprend vie en 2013 lorsqu’il est réinvesti par la société VMH énergies (Chasseneuil-du-Poitou) qui le reprend pour un peu plus de 2 millions d’euros. Cette toute jeune entreprise locale d’assemblage de panneaux photovoltaïques appartient à la holding FBJB qui possède aussi la société JIT solaire, spécialisée dans la pose et la maintenance de panneaux photovoltaïques. « On n’acceptait pas la disparition de l’usine New Fabris, et finalement nous avons réussi à faire renaître une activité industrielle sur un site qui était mal engagé, se réjouit Jean-François Macaire. On dit souvent que les élus sont impuissants face au déclin industriel. Notre réponse est de dire qu’il existe des secteurs porteurs et que pour les accompagner, il faut parfois prendre des risques. »

Aujourd’hui, l’ensemble des activités de FBJB est centralisé sur l’usine de Châtellerault qui est à nouveau active depuis le mois de juillet dernier. Actuellement, près de 80 salariés de VMH énergies et JIT solaire travaillent dans ce lieu rebaptisé Nouvelle fabrique écologique (NFE). Mais seulement 4200 mètres carrés des 16000 du site sont utilisés. « Il nous reste 10000 mètres carrés à rénover, anticipe Sigisbert Fayet, le directeur de VMH énergies. Nous attendons de finaliser un financement bancaire pour lancer la suite du chantier en fin d’année et de permettre le déploiement de toutes nos activités. » A l’horizon de deux à trois ans, la PME régionale pourrait employer quelque 250 salariés. « VMH énergies s’est engagée à embaucher en priorité des anciens salariés de New Fabris, précise Jean-François Macaire. Quelques-uns ont pu être recrutés, mais il est évident que cinq ans après la fermeture de l’usine, la plupart avaient déjà retrouvé une activité. »

200 panneaux par jour

VMH énergies tourne actuellement avec deux lignes de production qui assemblent 200 panneaux photovoltaïques par jour pour une capacité quotidienne maximum de 600. Ces panneaux sont destinés tout d’abord à fournir la société holding FBJB, mais également les exploitants agricoles de la région, Sergies et Seolis (les syndicats d’électricité de la Vienne et des Deux-Sèvres). « Notre carnet de commandes nous donne une visibilité sur un an », se félicite Sigisbert Fayet. Et comme il est toujours bon de donner l’exemple, VMH énergies a d’ores et déjà prévu d’équiper la toiture de son site de production de panneaux photovoltaïques à hauteur de 1,2 Mégawatt, dès que l’ensemble de l’usine aura été rénové.

VMH énergies travaille également à la fabrication de composants pour les méthaniseurs de petite puissance. Ce qui devrait déboucher en fin d’année sur la mise sur le marché d’un dispositif de méthanisation destiné principalement aux exploitants agricoles, qui pourront ainsi produire de l’électricité à partir de leurs propres déchets. « Nous avons mis des unités pilotes en route, note Sigisbert Fayet. L’objectif est de valider le concept. » A terme, cette activité pourrait employer 30 à 40 salariés. La troisième activité de VMH énergies consistera à fabriquer des turbines-générateurs adaptées à des petits cours d’eau. « Pour le moment, nous n’en sommes qu’aux prémices du concept », précise le directeur de VMH.

La PME Châtelleraudaise (qui reste très discrète sur ses ambitions en matière de chiffre d’affaires) entend avant tout fournir le marché régional. Très présente dans la Vienne et les Deux-Sèvres, VMH énergies ne va, pour le moment, pas plus loin que le département du Cantal, en Auvergne. « Nous sommes clairement dans une logique de territoire, insiste Sigisbert Fayet. Nous produisons et nous vendons dans la région. ».

Yann Petiteaux

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