Robinets du financement à sec, consommation en berne, fiscalité en hausse… En ce début d’année 2013, des nuages noirs s’amoncellent au dessus de la tête des entrepreneurs. Dans un contexte aussi déprimé, créer sa boîte semble avoir tout d’une idée folle. Alors, on reste au chaud et on attend 2014 ?

La crise ? Même pas peur !
La crise ? Même pas peur !

Pour faire de bonnes affaires, les boursicoteurs ont une maxime : « Acheter au son du canon, vendre au son du clairon. » Pourrait-elle s’appliquer à la création d’entreprise ? « Bien sur, se lancer en temps de crise est une excellente idée, assure Joachim Massias, président de Cerialis, spécialisé dans la création et le développement de sites internet. Pourquoi un tel optimisme ? Celui qui est aussi le créateur des Samedis de l’entrepreneur fait valoir ses arguments : « Cela permet de préparer le redémarrage de l’économie, oblige à mieux réfléchir à son projet, à mieux se vendre et à mieux dimensionner son affaire ». Et si celle-ci parvient à tenir le cap malgré la tempête, elle a toutes les raisons de croire en son succès sitôt la croissance revenue. Ce n’est pas parce que des secteurs périclitent que de nouvelles activités économiques ne peuvent pas voir le jour. La « destruction créatrice » est un concept théorisé par l’économiste Joseph Schumpeter (1883-1950) au début du XXe siècle. L’idée ? En innovant, les entrepreneurs détruisent de la valeur dans les entreprises établies, mais ils sont le moteur de la croissance sur le long terme.

Système D

En outre, la crise économique peut être l’occasion de saisir quelques opportunités intéressantes. Par exemple, compte tenu de la hausse du chômage, des collaborateurs de qualité sont disponibles à moindre coût, les faillites permettent d’acquérir des équipements au rabais, et le « love money », c’est à dire l’investissement par les proches, est favorisé. Votre banquier traîne les pieds pour vous accorder un crédit ? Ce n’est pas un souci pour Jacques Arlotto, professeur à Audencia Nantes : « En période de crise, on développe des modèles de lancement originaux, en particulier en matière de financement. Outre faire le fond de ses poches, on fait davantage appel aux fondations, à sa famille, on négocie avec ses fournisseurs… Sans forcément faire appel aux investisseurs au départ. Ensuite, si l’on sait convaincre et peaufiner son modèle économique, il est toujours possible de trouver des investisseurs. Mais on ne doit pas se focaliser entièrement sur le financement, car l’idée et l’équipe ont aussi leur importance. » Michel Coster, professeur à l’EM Lyon, partage cet avis : « L’un des fondamentaux de l’entrepreneuriat, c’est de disposer de son cash pour prendre son propre risque. Certains créateurs attendent trop des aides. En mobilisant sa propre épargne et le love money comme point de départ, il n’est pas impossible de lever d’importants fonds complémentaires. »

Terrain d’ententes

Quelques conseils avisés : « Pour entreprendre en temps de crise, il faut savoir s’entourer, ne pas hésiter à demander de l’aide », suggère Jacques Arlotto. Les créateurs peuvent ainsi taper à la porte des Chambres de commerce et d’industrie (CCI), participer à des concours, assister aux réunions et autres week-end thématiques « entrepreneuriat » et « start-up ». Pour le professeur nantais, « il est aussi judicieux de se lancer au bon endroit », c’est à dire profiter des spécialités régionales : le numérique en Île-de-France, à Marseille, en Bretagne et dans le Nord, les biotechnologies à Paris et Lyon, l’aéronautique à Toulouse, le tourisme à Nice… Ainsi, les créateurs pourront intégrer plus facilement des réseaux de pairs de leur secteur et viser les clusters dédiés, ou intégrer l’un des 400 incubateurs français. Le mythe de la multinationale que l’on crée dans un garage ? De l’histoire ancienne. Désormais, les entrepreneurs se connectent au réseau.

Secteurs porteurs

Mais que vaudrait une innovation sans clients ? Pas grand chose, certainement. Problème : la consommation est en berne. Ce n’est pas une raison pour baisser les bras, les entrepreneurs peuvent miser sur les tendances porteuses de 2013-2014. Ce n’est d’ailleurs pas ce qui manque, si l’on en croit Joachim Massias, qui en a identifié près d’une dizaine. Premièrement, la simplification des produits et des services : « Pendant longtemps, on a développé des technologies et des produits lourds, revendiquant une grande complexité. Aujourd’hui, il y a une volonté évidente de simplification. Les produits de consommation globale doivent avoir plusieurs fonctions, avec une réflexion sur l’utilisation et l’ergonomie. » Le créateur observe aussi un besoin de projets à taille humaine et multi-activités : « Cette tendance est bien illustrée par le succès des petits points de vente multitâches en centre ville, alors que les grandes surfaces souffrent ». Le concept de business participatif, où le client est acteur du produit qu’il achète, a aussi de beaux jours devant lui. Il peut s’exprimer de bien des manières, depuis le financement d’artistes par les internautes, à la façon de My Major Company, jusqu’à l’automatisation des caisses dans les grandes surfaces, où le client scanne lui-même ses produits. Des termes comme « crowdfunding », ou financement de projets par la foule, et « crowdsourcing », ou l’innovation par le plus grand nombre, peuvent faire des heureux dans l’entrepreneuriat.
Autre tendance porteuse : la solidarité, ou le care. « Dans les grandes entreprises, certains salariés peinent à savoir pourquoi ils travaillent, notamment parce qu’ils ne sont associés qu’à une petite partie de très vastes projets. Le care, c’est redonner du sens au travail, explique Joachim Massias. Des consultants dotés de compétences en psychologie d’entreprise ou médecine du travail seront valorisés pour changer les modes d’organisation et réconcilier les salariés avec leurs projets ». Le fondateur des Samedis de l’entrepreneur observe aussi que « la tendance à privilégier l’usage plutôt que la propriété peut créer des opportunités de business dans la location temporaire ». Même si des services du genre existent déjà dans bon nombre de secteurs, des voitures aux œuvres d’art en passant par l’électroménager, de nombreuses pistes restent inexplorées, « à condition toutefois de bénéficier de fonds de départ importants », prévient Joachim Massias. En 2013-2014, le salut peut aussi, en dépit de la crise, encore provenir de la recherche du haut de gamme, du désir de qualité des produits et de la quête de sens : « Certains consommateurs sont prêts à dépenser un peu plus sur un nombre de produits restreint, afin de privilégier la qualité, le sens, ou l’expérience ».

Evolution législative

Entre 2012 et 2013, de nombreuses lois qui intéressent de près les créateurs ont évolué. Il en est ainsi du statut d’auto-entrepreneur, qui concerne une grande partie des créations d’entreprises depuis 2009. Il a été un temps question d’en limiter la durée, voire de le supprimer purement et simplement. Au final, rien de tel, mais, austérité oblige, un rapprochement avec le statut d’entrepreneur individuel est prévu. La loi de financement de la Sécurité Sociale 2013 prévoit en effet un relèvement compris entre 2 et 3,3 points du taux de cotisations sociales appliqué au chiffre d’affaires.
Le Crédit impôt recherche (CIR), aide fiscale dédiée au soutien de la Recherche & Développement des entreprises, a aussi été réformé. Laure Thiébault, juriste à l’Agence pour la création d’entreprise (APCE), détaille ce qui a changé : « A partir de janvier 2013, les taux majorés de 2e et 3e années ont été supprimés et remplacés par un taux de 30% pour la fraction des dépenses inférieures à 100 millions d’euros, et de 5% pour la fraction supérieure à ce montant. » Avant la réforme, le crédit d’impôt était de 40% la première année et 35% la deuxième année. Le gouvernement a aussi institué un nouveau Crédit impôt recherche : le Crédit innovation, « qui concerne la conception de prototypes ou d’installations pilotes », précise Laure Thiébault. Ce crédit d’impôt, au taux de 20%, est plafonné à 400 000 euros par an et bénéficie aux entreprises de moins de 250 personnes qui ont un chiffre d’affaires annuel inférieur à 50 millions d’euros, ou dont le total du bilan est inférieur à 43 millions d’euros.
Autre nouveauté : le Crédit d’impôt compétitivité et emploi (CICE), issu du rapport Gallois, qui représente 4% de la masse salariale brute en 2013. En outre, « la réduction d’impôt pour souscription au capital des PME, qui devait disparaître au 31 décembre 2012, a finalement été prorogée », note Laure Thiébault. L’exonération de cotisations sociales pour les salariés qui créent leur entreprise a elle, en revanche, été supprimée, car « elle était rarement demandée, les salariés lui préférant le régime de l’auto-entrepreneur », explique la juriste de l’APCE.

Aymeric Marolleau

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