S’ils sont encore rares, les entrepreneurs qui se lancent avant 18 ans, à l’aide d’Internet et de l’auto-entrepreneuriat, impressionnent par leur maturité et leur détermination.

De Jodie Foster dans Taxi Driver (1976) à Jean-Baptiste Maunier dans Les Choristes (2004), on ne compte plus les enfants stars que le cinéma a révélés. Signe que l’époque est à la célébration de la figure du créateur d’entreprise, l’entrepreneuriat a désormais, lui aussi, ses têtes d’affiches pré-pubères, avec emballement médiatique et invitations aux quatre coins du monde. Tel le jeune Irlandais Jordan Casey qui, du haut de ses 15 ans, a déjà eu les honneurs de la presse internationale, dont Paris Match, et donne des conférences un peu partout en Europe, aux Etats-Unis, et jusqu’en Inde. En France, Louis Haincourt, avec Dealer de Coque, Marie Burlot avec Ferret Dream Company ou Guillaume Rolland avec SensorWake ont aussi connu les faveurs des médias.

Le meilleur allié des "teen-preneurs" ? Internet
Le meilleur allié des “teen-preneurs” ? Internet

Dans l’Hexagone, si les entrepreneurs mineurs restent l’exception, ils ne sont pas si rares, comme le prouvent ces sept jeunes chefs d’entreprise qui se sont confiés à EcoRéseau sur leurs expériences et parcours.

Appartenant à la même génération, ils partagent de nombreux points communs. Souvent, ils se sont lancés grâce à Internet, avec lequel ils ont grandi, et qui facilite grandement la création d’un service innovant et son déploiement à grande échelle. Ils se tournent souvent vers le e-commerce, la création de sites web, d’applications et de jeux-vidéos. Certains de ces iconoclastes ont quitté très tôt l’école traditionnelle, qu’ils jugeaient inadaptée à leurs besoins. Tous ont rencontré des difficultés administratives, même si depuis 2011 la loi autorise les mineurs à créer leur entreprise dès 16 ans, avec l’autorisation de leurs parents.

« Ils font preuve d’une grande énergie et sont très à l’écoute de leurs marchés », remarque Bénédicte Sanson, déléguée générale du Moovjee, le « mouvement pour les jeunes étudiants entrepreneurs ». Si elle ne note pas d’augmentation du nombre d’entrepreneurs de moins de 18 ans, elle remarque que « les jeunes créateurs, qui ont tout juste passé la vingtaine, sont beaucoup plus mûrs qu’avant dans leur projet ».

Plusieurs raisons expliqueraient cette précocité croissante : « La création du statut de l’auto-entrepreneur a changé la culture française vis-à-vis de la figure de l’entrepreneur. Car soudain, tout le monde a pu se projeter dans cette fonction très facilement ». Le contexte économique, pour le moins morose, a aussi joué un rôle : « Avec un jeune sur quatre au chômage, et alors que le diplôme ne protège plus autant qu’avant, ils sont de plus en plus nombreux à voir dans la création d’entreprise une façon de sortir de la précarité », remarque Jérôme Gervais, délégué général du mouvement Entrepreneurs Demain!.

En outre, de plus en plus d’associations vont à la rencontre d’élèves et d’étudiants pour insuffler l’esprit d’entreprendre sur les bancs de l’école, à l’instar de 100 000 Entrepreneurs ou du mouvement Entrepreneurs Demain!, lancé en 2013 par Fleur Pellerin lorsqu’elle était ministre déléguée aux PME, et qui intervient auprès des 12-25 ans. « Il s’agit de leur faire découvrir de manière très pratique le monde professionnel, et de faire naître des vocations chez certains », explique Jérôme Gervais. Ainsi, 22000 jeunes créent chaque année leur mini-entreprise pendant des programmes de 60 heures réparties dans l’année. Bénédicte Sanson pointe « qu’il est de plus en plus question d’entrepreneuriat pendant les études supérieures », notamment avec la création de formations dédiées, ou l’étude de cas spécifiques.

Pour Adrien Sergent, qui a fondé son studio de développement de jeux-vidéos dès l’âge de 16 ans, le fait que des vocations entrepreneuriales naissent de plus en plus tôt s’explique par la rencontre de deux phénomènes : « Culturellement, de plus en plus de gens ont envie d’entreprendre, cela se voit dans le succès de l’auto-entrepreneuriat et des micro-entreprises. Et le numérique permet à chacun de rendre son activité accessible à tous, quelle qu’elle soit. Il bouleverse aussi bien le commerce que les services à la personne, l’hôtellerie ou les taxis ! Il devient plus simple de se différencier de ses concurrents par une innovation technique ou d’usage. »

Toutefois, Bénédicte Sanson met en garde contre un excès de précocité : « Il peut être pesant d’avoir autant de responsabilités aussi jeune. Avant 18 ou 20 ans, il faut se laisser le temps d’acquérir une culture générale, une approche humaine, de la maturité sur le savoir-être, la prise en compte d’un environnement. Cela s’acquiert à l’expérience, par les études et les stages. ».

Aymeric Marolleau

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