Accélérateur de L’Atelier BNP Paribas

Des séances de brainstorming hautes en couleurs au sein du WAI...
Des séances de brainstorming hautes en couleurs au sein du WAI...

Coups de pouce aux jeunes pousses

Au 19 boulevard Poissonnière à Paris, des start-up reçoivent un coup de pouce déterminant dans leur développement, grâce à une banque et ses clients. Reportage.

L’entrée du WAI (« we are innovation »), lieu aménagé par L’Atelier BNP Paribas à destination de jeunes pousses, est discrète. Mais le hall d’accueil, aux murs couverts de photos des incubés et de logos colorés des start-up, a tôt fait d’avertir le visiteur qu’il entre en zone de créativité et d’émulation.

Plusieurs étages à la fusée

Les premier et deuxième niveaux sont occupés par des start-up plutôt matures, triées sur le volet, qui bénéficient durant six à 24 mois d’une offre d’hébergement de 350 euros par poste et de services avantageux, comme l’accès aux formations de l’accélérateur ou la mise en relation avec des clients de BNP Paribas. « Notre critère de sélection à l’entrée est simple : la banque doit pouvoir les aider avec ses clients. Bien évidemment ceux-ci tendront vers des pépites de la data ou de l’IA qui les concernent d’emblée, mais nous essayons de nous ouvrir à un maximum de secteurs, du moment que nous croyons en l’équipe », affirme Emmanuel Touboul, directeur de l’Accélération à L’Atelier BNP Paribas. Au troisième étage s’étend la salle de détente et de restauration, à l’ambiance décontractée, avec accès à une terrasse. Le quatrième est celui de l’accélérateur. Le cinquième, Peoples Lab, où se mêlent tableaux blancs, micro salles de réunion et poufs multicolores, est dédié à l’intrapreneuriat des salariés des différentes entités de la banque, qui viennent créer et échafauder leur business plan. Enfin le sixième étage, constitué d’une « salle de deals » avec vitres panoramiques donnant sur la terrasse et les toits de la capitale.

Philosophie particulière

L’Atelier a été créé en 1978 au sein de la Compagnie Bancaire (Paribas) qui voulait déjà soutenir l’écosystème. Elle a donc mis en place des pôles d’innovation, avec des banquiers spécialisés pour les entreprises de croissance (16 aujourd’hui, dont un pour les Fintechs). Elle a aussi investi en fonds propres chez des financeurs comme Partech Ventures. « Mais elle s’est aperçue qu’il manquait un trou dans la raquette, qu’un lieu où les entrepreneurs pourraient être accompagnés était nécessaire : le WAI était né. Nous en avons créé un à Paris dans la zone historique de Silicon Sentier, et un autre à Massy près du plateau de Saclay, pour accueillir plus de jeunes pousses scientifiques », retrace Emmanuel Touboul. L’Atelier BNP Paribas exerce trois activités : de la prospective et de l’influence à travers un contenu media sur l’innovation à destination de l’écosystème, une activité de conseil sur la transformation digitale, enfin ce pôle d’accélération de start-up pour les clients ou les entités de la banque elles-mêmes. « C’est la particularité de notre approche, partir du besoin corporate de nos clients. Tous les six mois 12 clients de la banque se portent volontaires et un appel d’offres est lancé pour qu’une start-up réponde à leur problématique. Par exemple Pierre Fabre était en quête d’une jeune pousse dans la beauté connectée, Vicat dans le béton intelligent », précise l’ancien entrepreneur, qui joue l’intermédiaire entre ces grands comptes qui cherchent à entrer en relation avec de petits acteurs innovants avant qu’ils soient connus, et ces derniers qui ont dans un premier temps besoin non pas de subventions, mais de clients. Pour ce faire, Emmanuel Touboul a constitué une équipe d’anciens entrepreneurs chevronnés et de chefs de projets qui recherchent des candidats sérieux et se chargent ensuite de les accélérer, jouant les CEO ou CTO.

Accompagnement rapproché

Dans l’accélérateur Innov & Connect qui vit sa troisième saison, ou dans l’autre, Fintech & Corporate, qui vit sa deuxième saison en mettant en relation jeunes pousses et entités de BNP Paribas, la structure garantit six mois d’hébergement gratuit, et un financement allant jusqu’à 100000 euros, remboursé en actions ultérieurement lors de la prochaine levée de fonds. « Nous n’affectionnons pas les plénières, car nous pensons que l’accompagnement doit être personnalisé à ce stade-là. Les incubés sont chouchoutés par les coachs en interne, qui peuvent passer une semaine sur une problématique », décrit celui qui est reparti d’une feuille blanche pour définir l’accompagnement. Une logique qui semble payer, avec un taux de succès qui a atteint 50% durant les six premiers mois, et 90% dans la promotion des six mois suivants – succès signifiant qu’il y a eu contractualisation ou prise de participation.

Réunion de deux cultures

La banque pallie les différences culturelles et incompréhensions. Innov & Connect compte à son actif le réveil olfactif SensorWake, parrainé par Pierre Fabre, qui a récemment mis un pied dans le device santé en proposant au dernier CES un produit accompagnant le sommeil profond en divulguant des senteurs au bon moment. Equisense, qui propose des objets connectés aux cavaliers pour mieux contrôler l’exercice du cheval (savoir de quel côté il court le plus ou comment il se nourrit), a été parrainé par Neovia, spécialiste de la nutrition et de la santé animale, friand de data, qui a donc pris une participation. Fintech & Corporate a obtenu 50% de succès lors de la première promotion, le reste étant encore en cours. BNP Paribas a pris une participation dans PayCar, moyen de paiement sécurisé entre particuliers pour l’achat/vente d’un véhicule ; elle s’est aussi invitée chez Fortia, spécialiste de l’IA qui propose aux gestionnaires de fonds un algorithme prenant en compte les innombrables régulations du marché dans les prospectus, afin de les mettre en équations et les appliquer lorsqu’il s’agit d’investir. « Les membres du Comex sont sponsors ; les décisions sont donc rapides, ce qui correspond au rythme des start-up. Les différences culturelles se réduisent d’ailleurs, tout le monde appréciant de plus en plus cet univers », se réjouit le dirigeant de l’accélérateur, qui additionne les avantages : fidéliser les clients, faire de la veille et mettre un pied dans le monde prometteur des start-up.

Julien Tarby

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