Stéphane Layani, Pdg. de la Semmaris qui gère le marché de Rungis, participe au Printemps de l’Optimisme parce qu’il est conscient d’évoluer dans l’art de vivre à la française, mais aussi dans un secteur d’excellence. La preuve.

La nature dans le sud de l’Ile de France…
La nature dans le sud de l’Ile de France…

Quiconque a lu “Le Ventre de Paris” d’Emile Zola – bien que l’écrivain ait couché sur le papier des descriptions mythiques des Halles Centrales de Paris – éprouve un jour ou l’autre l’envie d’observer par lui-même le temple de la “bonne mangeaille” à la française. Le Marché International de Rungis, d’une superficie de 234 hectares aux portes de la capitale, prend des allures de ruche bourdonnante durant une partie de la nuit et de la matinée, les marchandises étant acheminées, commercialisées, transférées de main en main pour être acheminées vers divers restaurants et commerces à 65% en région parisienne, 25% dans reste de la France et 10% à l’international. 2,4 millions de tonnes de produits transitent dans un joyeux tohu-bohu, pour un chiffre d’affaires de 8,8 milliards d’euros. Plus grand et plus vieil écosystème au service de l’alimentation et de la logistique urbaine du frais, vitrine des terroirs et du patrimoine gastronomique, le lieu divisé en zones dévolues à chaque produit en particulier réunit 1200 entreprises et 12000 salariés, « soit le deuxième pôle d’Île-de-France après la Défense, symbole du maintien du commerce de détail spécialisé et de l’animation des centres villes », précise Stéphane Layani, PDG de la Semmaris.

 

Arrière-cuisine structuré

Chaque endroit visité est une organisation léchée autour d’un aliment spécifique. Par exemple pour le porc : cotation de la découpe qui en fait une place de référence, fraîcheur du produit en J+1, services logistiques et livraison performants, découpe spécifique parisienne très qualitative… « Tous les atouts sont réunis pour allier efficacité et bon goût », remarque le PDG de la Semmaris, créée en 1965, qui aménage, exploite, sécurise et promeut les infrastructures, réalisant un CA de 105 millions d’euros pour 210 collaborateurs. « Nous sommes avant tout des loueurs d’emplacements, fermiers généraux collectant un péage à des producteurs, négociants, grossistes à service complet qui achètent de tout pour revendre à des restaurants. Nous cherchons aussi à mutualiser des services que ne peuvent s’accorder ces petites entités, qui emploient en moyenne dix salariés », résume l’adepte de la communication positive. « Je crois aux vertus de la Méthode Coué, mais je pense que nous avons en plus de réelles raisons de nous réjouir ici : art de vivre à la française, 4% de croissance par an ! Certes nous pouvons nous appesantir sur les charges et le droit du travail, mais je crois que l’énergie de toutes ces entreprises doit plus se porter sur la conquête de parts de marché, l’innovation ou la croissance externe », explique-t-il, cherchant à imprimer une certaine vision à tous ces patrons. Ce qui n’est pas une mince affaire. « Les corporatismes, syndicats professionnels, présidents de grossistes ne manquent pas, mais ce petit monde est prêt à se retrousser les manches », observe celui qui, en arrivant en 2012, a trouvé des entreprises qui ronronnaient et répliquaient des traditions. « Nous étions à la croisée des chemins : il nous fallait identifier les évolutions de consommation, distribution, commerce, innovation, développement durable pour entrer de plain-pied dans le XXIème siècle. » Pari en passe d’être réussi…

 

Recette ajustée et vendue à l’étranger

Car c’est une stratégie ambitieuse pour 2016-2025 qui a été initiée, avec un plan d’investissement d’un milliard d’euros – porté à parts égales par le gestionnaire du marché et les entreprises du site. « Rendre des mètres carrés utilisables, tel est le défi, car le taux d’occupation frise les 95%. Il existe un million de mètres carrés, nous allons densifier pour 230000 mètres carrés », précise le dirigeant dont les nuits sont extrêmement courtes. Les premiers chantiers concerneront la construction d’un nouveau bâtiment pour le sous-secteur porc, la restructuration du secteur horticulture & décoration, l’adaptation du marché aux nouveaux besoins logistiques, à la marée et aux fruits et légumes notamment. Mais le plan décennal vise aussi à consolider le développement des activités de services, à l’image de la logistique urbaine et du e-commerce. « Nous développons aussi la partie green business : les invendus sont redistribués dans des épiceries solidaires, le reste est brûlé pour chauffer le marché et produire du gaz qui alimente les transpalettes », illustre le patron de Rungis, dont les équipes innovent aussi sur d’autres points comme la livraison douce dans les villes, la fibre et une market place en ligne à venir d’ici la fin de l’année, toujours en BtoB. Toutes les nouvelles modalités de livraison sont explorées dans ce modèle d’excellence à la française qui commence sérieusement à intéresser des opérateurs à l’international. Le nouveau relais de croissance entrevu est un contrat de mise sous licence, qui vient d’être initié à Moscou et bientôt à Dubaï. Le marché de gros de Rungis apporte son expertise et sa marque à son futur équivalent à Moscou. Le document a été signé par Stéphane Layani et le directeur général de la banque publique russe VTB, Andreï Kostine, en présence du vice-Premier ministre et du ministre de l’Agriculture russes. Pour la Semmaris, le contrat d’assistance technique représente 28 millions de dollars sur 15 ans. La plateforme agroalimentaire Maximikha est un projet d’envergure pour la Russie qui prévoit d’investir jusqu’à 800 millions d’euros pour sa construction prévue entre 2016 et 2018 à Domodedovo, en périphérie sud de Moscou, à proximité d’un aéroport international. La surface totale prévue est de 300 hectares, soit plus que la surface de Rungis !

 

Le concept de « hub » très en vogue

L’horizon semble donc bien dégagé pour ce petit monde qui brasse des quantités phénoménales de denrées et fait toujours plus parler de lui dans les medias. Pourtant, les obstacles ne manquent pas. « L’Etat est actionnaire et a une minorité de blocage, la ville de Paris, les professionnels et le Conseil départemental du Val de Marne sont actionnaires », cite pêle-mêle Stéphane Layani, pour indiquer que la bonne gouvernance n’est pas un équilibre facilement atteignable au pays de l’entrecôte avalée sur le pouce à 5h du matin. Mais le modèle de hub recèle des avantages, notamment l’absence de concurrence directe. « On peut citer les centrales d’achats de la grande distribution. Mais celles-ci font appel à nous pour des produits spécifiques ! Metro est notre client, mais se trouve en concurrence avec certains de nos clients… » Bref, ces aiguilleurs de nourriture, qui reconnaissent avoir la chance d’évoluer dans un secteur des plus agréables, n’ont pas vraiment à se plaindre. Leur position est confortable, à tel point que des projets de développements en région pourraient se trouver dans les cartons. Et si, pour que l’art de vivre à la française soit sublimé, on revenait sur cette autre caractéristique hexagonale, la centralisation ?

 

 

Julien Tarby et Jean-Baptiste Leprince

Répondre

Saisissez votre commentaire
Saisissez votre nom ici