Fablabs et blablabla

Tout le monde peut y fabriquer son bibelot moche personnalisé...
Tout le monde peut y fabriquer son bibelot moche personnalisé...

On en parle de ces espaces collaboratifs pionniers, mais on ne les voit pas. Les fablabs procurent aux particuliers et professionnels des technologies dernier cri pour fabriquer des prototypes à faible coût. Exemple parlant à Villeneuve d’Ascq, dans le « fab(rication) lab(oratory) ».

Petits, nous empilions des cubes en plastique pour en faire des jouets, disposions des arêtes de bois pour parachever un chalet ou façonnions à notre guise la pâte à modeler. Puis vinrent les Lego techniques… Aujourd’hui, bois, métal, plastique, voire même cuir sont à notre disposition. La découpeuse laser, l’imprimante 3D ou la fraiseuse numérique donnent la possibilité à l’imaginaire de s’exprimer, au sein d’espaces collaboratifs d’un nouveau genre : les « fablabs ».

Open space

L’air décontracté, chaussures de sécurité aux pieds et casquette vissée sur la tête, Charles-Albert de Medeiros nous ouvre les portes de son local de 80 mètres carrés situé sur une zone d’activité de Villeneuve d’Ascq, en bordure de la métropole lilloise. La porte, d’ailleurs, ferme mal. Ce qui tombe plutôt bien car son « fab(rication) lab(oratory) » se veut grand ouvert à tout type de public. Professionnels comme particuliers. Designers comme architectes. Etudiants comme bricoleurs du dimanche. A l’origine, un professeur du Massachussets Institute of Technology aux Etats-Unis constate que ses étudiants travaillent jusqu’à des heures tardives pour bénéficier de matériels de haute technologie. Il décide de laisser à disposition un local dédié. Le concept est lancé et commence à s’étendre, jusqu’à Toulouse en 2009. Aujourd’hui on compte une dizaine de fablabs en France. Chaque laboratoire possède son identité et sa vocation. Dans l’Hexagone, la plupart d’entre eux sont rattachés à des unités de recherche universitaire et appartiennent donc au domaine public, à l’image du « Faclab » de Cergy-Pontoise. Ailleurs, aux Pays-Bas, celui d’Amersfoort a été conçu par un collectif d’artistes, celui d’Utrecht, le « Protospace », a vu le jour grâce au soutien financier du Novu, l’association néerlandaise des inventeurs. « A Lille, le fablab est privé et j’ai choisi un positionnement généraliste pour couvrir un maximum de demandes. La concurrence n’existe pas au Nord de Paris. Le prochain labo ouvrira prochainement ses portes non loin de Calais dans le cadre du redressement productif encouragé par l’Etat », précise Charles-Albert de Medeiros, fondateur du projet lancé en 2011.

Dessine moi un mouton à 5 pattes…

Pour les particuliers, il s’agira de produire eux-mêmes des objets sur mesure ou de rechange. Fini le temps de l’obsolescence programmée des produits et des relations houleuses avec un service après-vente douteux. Côté professionnels, « l’INSERM, par exemple, a récemment exprimé le besoin de façonner dans nos locaux des équipements sanitaires pour créer une pompe vidant le bol alimentaire », se réjouit Charles-Albert de Medeiros. Le matériel autorise donc le prototypage de nouveaux produits, la création de petites séries d’objets et la matérialisation de maquettes 3D sans engager de frais exorbitants. Dans une odeur de bois chaud et de plastique fondu, les machines s’affairent à matérialiser le contenu de fichiers numériques en deux ou trois dimensions. Le fablab de Lille se découpe en deux espaces. Le premier, l’atelier d’assemblage, ressemble davantage à la cave du tonton manuel et « bricoleux » que toute la famille s’arrache lorsqu’un tuyau fuit : perceuses à colonnes, tournevis, pinces et Dremels décorent la pièce où s’attarde la « clientèle » désireuse de finaliser son prototype. La deuxième salle, elle, intrigue par ses machines, minutieuses comme les petites mains d’antan et bruyantes comme les droïdes de Star Wars. En amont de ce capharnaüm, des modélisations sur ordinateur. Les initiés parleront de conception assistée par ordinateur (CAO). Passés quelques clics, ces schémas virtuels prendront vie grâce, entre autres, à la fameuse imprimante 3D.

Imprimante 3D, quésaco ?

Ici pas question de fabriquer des armes à feu en résine ni de modeler des steaks à partir de cellules souches. Une fois les fantasmes dissipés, le principe de fonctionnement d’une telle machine ne semble pas si complexe : l’imprimante ressemble à un cube de bois dont on aurait gardé uniquement les arêtes. « Des bobines de plastique servent de matière première. Un stylo mécanique dépose du fil chaud sur un plateau et façonne couche par couche un objet avec une précision de 0,5 mm. Le dimensionnement de l’objet ne peut cependant pas excéder les 20 cm de côté ou les 8l de volume », explique le gérant. Cette technologie n’est pas neuve. Le dépôt de brevet réalisé dans les années 1980 est déjà tombé dans la sphère publique ; l’objet est désormais accessible à tous. « Son prix avoisine les 1500 euros pour la première version lancée par Ultimaker », complète-t-il.

En revanche, il ne faudrait limiter l’innovation aux seules machines. L’esprit collaboratif semble aussi une caractéristique primordiale du fablab. Charles-Albert de Medeiros, diplômé de Polytech’Lille, troque d’ailleurs volontiers sa casquette d’entrepreneur contre la toque d’enseignant-formateur pour renseigner les néophytes sur les techniques utilisées (cours d’impression en 3D, de découpe laser, de création de sa propre imprimante 3D, etc.). Mais surtout pour les mettre en réseau avec d’autres assidus des lieux : designers, stylistes, graphistes, professionnels en tout genre. Des soirées à thème ponctuent l’offre du fablab de Lille. Il faut compter 30 euros de l’heure pour disposer de l’imprimante et de l’atelier classique, 120 euros pour privatiser les lieux. Le bricolage s’exporte hors les murs de sa maison et la R&D personnelle s’externalise à faible coût….

Geoffroy Framery

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