Christian Vié, PDG d’Orséry imprimeur de livres à la demande

Voici le bébé qui produit votre livre en 10 minutes!
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Ou comment concurrencer Amazon

Une petite entreprise basée en région parisienne pourrait avoir trouvé la solution miracle pour augmenter le chiffre d’affaires des libraires. Les services qu’elle propose contentent (presque) tout le monde.

Orséry va-t-elle bouleverser le monde de l’édition ? On peut se poser la question. Lors du dernier Salon de Paris, pour la table-ronde consacrée à l’avenir du livre, les organisateurs avaient invité le président d’Editis, deuxième plus gros distributeur français, le patron d’Amazon France, et… Christian Vié, P-Dg. de la petite entreprise basée à Viroflay, juste à l’est de Versailles. Quel est son secret ? Une offre totalement novatrice sur le marché du livre qui, une fois n’est pas coutume, ne fait pas peur aux principaux acteurs d’un secteur pourtant difficile à faire bouger. « Notre idée est de proposer l’impression d’un livre à la demande, en librairie. Ces commerces sont des lieux de vie et d’échange dans les centres-villes, mais ils subissent une certaine désertification, notamment avec la concurrence d’Internet. Notre offre permet de répondre à un besoin », explique Christian Vié.

Une imprimante industrielle dernier cri permettant de confectionner un livre de A à Z en moins de dix minutes, des accords de licence avec les éditeurs, des logiciels qui calibrent parfaitement chacune des références inscrites au catalogue d’Orséry. Simple en apparence, le projet a nécessité quatre ans de développement. « Plusieurs partenaires se demandaient pourquoi cela n’existait pas déjà. La réponse n’est pas évidente. Il fallait que quelqu’un s’y mette et y croie. Il était également nécessaire de proposer un modèle complet. Notre idée était claire dès le début : le libraire ne doit pas avoir à mettre les mains dans la machine. Tout doit être configuré pour lui ; il suffit de vérifier si le livre demandé par le client existe dans notre base de données, puis d’appuyer sur un bouton. » Moins de dix minutes plus tard, le produit sort. On s’attend à recevoir un livre tout fumant et sentant l’encre fraîche, mais nous repartons avec un produit frais et neuf, comme s’il venait d’être pris dans le rayon.

Une machine simple d’utilisation

Pour réaliser une telle prouesse, Orséry a cherché pendant plus d’un an une machine qui répondrait à ses besoins. Elle a fini par s’allier à l’un des leaders mondiaux de l’impression, le Japonais Ricoh. « On leur a demandé d’apporter des évolutions à l’une de leurs machines. Il a fallu beaucoup insister au début mais nous marchons main dans la main désormais, car ils pensent aussi qu’il existe un énorme marché potentiel. » Gage de qualité et de crédibilité, le géant japonais est aussi un allié idéal pour développer les activités en France et dans le monde : il emploie déjà 1000 techniciens de maintenance sur le territoire national et il est présent dans 200 pays. Autre soutien important, celui d’Hervé de la Martinière, patron des éditions éponymes. L’homme a senti qu’Orséry offrait une alternative aux géants de l’Internet comme Amazon. Il a été séduit par le concept : plutôt qu’être livré en deux jours (au mieux), le client peut bénéficier de son livre en dix minutes auprès de son libraire traditionnel ! L’accord de licence signé avec ce géant de l’édition a ouvert beaucoup de portes. « La technologie et le modèle sont bons, mais ça ne sert à rien si le secteur ne bouge pas. Le risque pour nous, c’est la position d’attente. »

Après quatre ans de développement matériel puis logiciel, Orséry signe désormais des licences avec de nouveaux éditeurs tous les jours. Des grands, des petits, qui voient d’un bon œil la solution offerte par l’entreprise française. « Avant de lancer la boîte à l’été 2013, j’avais effectué une étude de marché. J’ai alors compris qu’il existait une avenue et qu’elle n’était pas empruntée », souligne celui qui avait entendu parler de l’impression de livres à la demande lors d’un dîner. C’est que le secteur de l’édition est loin d’être efficient. Sur les 600 millions de livres imprimés chaque année pour le marché français, 190 millions partent au pilon, et 120 millions sont renvoyés aux éditeurs, générant des surcoûts pour tout le monde. En outre, plus de 80% des ventes actuelles sur Internet sont le fait de tirages inférieurs à 2000 exemplaires. « C’est notre cible. On va remettre ces livres en librairie », explique Christian Vié. Même les distributeurs, qui risquent pourtant une baisse d’activité, ne semblent pas inquiets. « En fait, pour eux, devoir gérer deux ou trois bouquins n’est pas rentable. Il existe beaucoup de surcoûts cachés dans le monde de l’édition. Et nous arrivons avec une solution qui ne coûte rien aux différents acteurs de la chaîne et qui peut les aider à améliorer leurs marges », souligne notre intarissable interlocuteur.

Chasse au gâchis

Reste à convaincre les libraires. Accepteront-ils d’accueillir une machine de trois mètres de long ? Feront-ils confiance à la qualité du produit et aux services proposés par Orséry ? « Leur principale motivation, c’est tout simplement de produire plus de chiffre d’affaires. Est-ce trop tôt pour leur proposer ce type d’offre ? Je ne le pense pas. » Déjà, deux librairies ont adopté la solution Orséry, et une grande surface dans le Sud-Ouest devrait suivre d’ici quelques semaines. Les demandes d’information commencent à affluer. De quoi ravir ce passionné qui a quitté un confortable travail de consultant pour se lancer dans l’entreprenariat. « C’est un très gros travail. On se sent parfois seul, on se demande si l’on ne va pas abandonner. Mais quand on commence à percevoir un mouvement, c’est génial. » L’aventure, débutée seul, s’est poursuivie avec un associé, puis des aides de la Banque publique d’investissement et de la région. Aujourd’hui, une dizaine de personnes travaillent à temps plein sur le projet. « Là, on est à un tournant », confie encore notre dynamique entrepreneur, qui a déjà noué des contacts à l’étranger pour développer les services révolutionnaires d’Orséry.

Ludovic Greiling

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