L’enchanteur de la formation

Place au jeu de rôle. Jérôme Wargnier aurait pu être un joueur professionnel de Donjons & Dragons, pour finalement se tailler une place unique dans le monde de la formation, en mettant à profit ses talents développés de rôliste…

Tout le monde n’a pas la chance de pouvoir concilier passion personnelle et métier. Pour Jérôme Wargnier, fondateur d’Alberon Partners, le challenge pouvait paraître impossible : entre le monde des jeux de rôle – plus précisément Donjons & Dragons – et celui de la formation, il y a a priori peu de points communs. Et pourtant. « J’ai toujours adoré jouer, plus particulièrement aux jeux qui font appel à l’imaginaire, explique Jérôme Wargnier. Et je suis passionné depuis l’enfance par les chevaliers de la Table Ronde, en grande partie grâce à mon grand-père, qui m’a initié aux règles de la chevalerie. » De ce fait, lorsqu’arrive en France Donjons & Dragons, c’est le coup de foudre. Alors au lycée, il se lance à corps perdu dans le jeu de rôle, devenant rapidement un pratiquant et un maître de jeu reconnu, organisant un club dans le sous-sol d’un magasin de jeux traditionnels qui rencontre un succès immédiat – les gens s’inscrivaient près d’un mois à l’avance pour pouvoir participer aux sessions. Au point de pouvoir envisager, à un moment, d’en faire son métier, étant déjà rémunéré en tant que maître de jeu pour des sessions privées et écrivant des scénarii pour un éditeur de logiciel. Mais confronté à la mauvaise réputation – à l’époque – du jeu de rôle, l’environnement familial le pousse à rentrer dans le « droit chemin », vers une carrière plus classique. Après quelques années passées en tant que manager chez des enseignes de fast-food, pendant lesquelles il pratique D&D (abréviation de Donjons & Dragons) en loisir, une rencontre avec un consultant en formation va tout changer. Séduit par le personnage et son approche de la formation, il décide de rejoindre son cabinet. Bonne surprise : la première mission qui lui est confiée consiste à développer des simulations et des jeux de rôle pour des commerciaux. « Et là, c’est le déclic. Grâce à mon expérience du jeu de rôle, je me suis senti dans cette approche de la formation comme un poisson dans l’eau. Et pas uniquement dans le cadre de simulations de négociations. Animer un séminaire m’a paru aussi amusant qu’une partie de Donjons ; quand on a été maître de jeu, avec cinq joueurs autour d’une table, il faut être attentif à son auditoire, savoir le motiver, lui poser des challenges, le récompenser… », décrit Jérôme Wargnier.

Scénarisation de la formation

Pendant les 20 années qui suivent, il pratique la formation, le coaching, donne des conférences et des cours, et finit par prendre la direction du consulting de CrossKnowledge, leader mondial du e-learning. Au fil du temps et des expériences, Jérôme Wargnier se forge sa vision de la formation. « On peut regarder les collaborateurs comme des gens qui jouent un rôle dans l’entreprise. Ils développent leur compétences comme un rôliste les caractéristiques de son personnage. Pour gagner en performance d’un côté, ou en puissance de l’autre, il faut toujours réussir une quête. »

L’évolution même de la formation renforce encore le parallèle. Là où, hier, la formation se résumait à une transmission d’information dans une salle de classe, on la considère aujourd’hui comme un processus, dans lequel l’expérience d’apprentissage est essentielle. Le jeu en devient une part importante : on parle de gamification, de serious games… Et l’arrivée des nouvelles technologies vient multiplier les outils disponibles : classes virtuelles, e-learning, MOOC… « En outre, la formation était construite par thématiques (stratégie, marketing, finance…), ce qui donnait des résultats bien moins bons que de scénariser le processus pédagogique, en le contextualisant pour qu’il soit le plus proche possible de ce qui se passe sur le terrain. On se rend compte aujourd’hui que ce n’est pas une activité pédagogique en particulier qui va faire la différence, mais la capacité à écrire un scénario qui va les combiner de manière intelligente en fonction de la cible. » Le but est aujourd’hui de faire vivre à un collaborateur une expérience qui va lui permettre de renforcer sa maîtrise d’une compétence particulière – et plus il va la maîtriser, plus il va exercer son métier avec performance. Pour cela, il faut combiner des dimensions ludiques, narratives, et expérientielles – un mélange qui est, de fait, très proche de la construction par le maître de jeu d’une aventure de D&D.

Un rôle unique

Tous ces nouveaux outils, les professionnels de la formation ne les maîtrisent pas nécessairement. « Les évolutions majeures dans les sciences cognitives, les nouvelles approches pédagogiques et les nouvelles technologies d’apprentissage font qu’il est difficile aujourd’hui pour un formateur ou un directeur de formation d’avoir une vision complète du champ des possibles », souligne Jérôme Wargnier. Il y avait ici un besoin auquel, grâce à son expérience combinée de la formation et du jeu, il était en position de répondre. En 2012, il fonde Alberon Partners, qui a un positionnement unique dans le monde du Learning : architecte de dispositifs de développement des compétences. Il accompagne les professionnels de la formation de la qualification du problème opérationnel jusqu’à la mesure de la création de valeur. Pour cela, il détermine le bon dosage des différents ingrédients pour arriver à la potion magique qui permettra aux collaborateurs – et par conséquence à l’entreprise – d’évoluer et de s’adapter. « Il existe d’excellents coaches, d’excellents formateurs, d’excellents prestataires de e-learning, mais ce qui prime sur la qualité des parties, c’est la capacité à les conjuguer pour produire une expérience efficace et plaisante », souligne-t-il. Et le succès est au rendez-vous : les clients – dont bon nombre de groupes internationaux – se multiplient, et la croissance est au rendez-vous : il double ses résultats chaque année. La fusion entre ses deux passions, formation et jeu de rôle, est complète. Au point que dans ses réalisations, Jérôme Wargnier multiplie les clins d’œil : personnages aux noms de famille tirés du Seigneur des Anneaux, pays imaginaires (pour simuler l’ouverture d’un nouveau marché) avec des noms de lieux tirés de références venant de la fantasy… Même le nom de l’entreprise est une référence : Alberon est une variation d’Obéron, le roi des Elfes dans le Songe d’une Nuit d’Été de Shakespeare. Dans la pièce, ce dernier est l’artisan principal de la résolution – heureuse – des péripéties des Athéniens perdus dans la forêt, tout en restant au second plan. Autant dire que ce n’est pas le fait du hasard..

Jean-Marie Benoist

Répondre

Saisissez votre commentaire
Saisissez votre nom ici