Pour un lauréat, combien de perdants ? Cette question rend les jeunes patrons réticents à l’idée de participer aux innombrables concours d’entreprise. La victoire n’est pourtant pas toujours inatteignable. Et au-delà de la récompense, la démarche recèle plusieurs avantages.

Certains se prennent peut-être un peu trop au jeu de la compétition...
Certains se prennent peut-être un peu trop au jeu de la compétition…

 

Lyon, 2 juillet 2014. Le fournisseur global de solutions dans les technologies de l’information et de la communication Huawei et l’association de promotion entrepreneuriale La Cuisine du Web, présentent les résultats de leur concours national de start-up, intitulé « Pulse Contest ». Une opération qui vise à soutenir l’innovation et l’entreprenariat. Et les grands gagnants sont… « toutes les entreprises qui n’ont pas participé », pourrait conclure Jérôme Marteaux, cofondateur de la société Carte des vins, qui propose aux restaurateurs des solutions technologiques de mise à jour dynamique de leur carte des vins. Ce chef d’entreprise se montre très réservé quant à la pertinence de participer à un maximum de concours, passeports pour l’entreprise, ou autres opérations de sélection synonymes de vitrine alléchante pour l’offre d’une toute jeune société. « Pulse Contest » présente bien sûr un intérêt. Alexis Mathieu, cofondateur et directeur général de Feet Me, une entreprise récompensée par le premier prix de la catégorie « Objets connectés » du concours, ne dira pas le contraire. Cette société, qui développe une semelle à capteurs de pression connectée par Bluetooth afin de prévenir le problème du pied diabétique et de diminuer le risque d’ulcère et d’amputation, vient d’encaisser un joli chèque de 50000 euros. Une dotation qui permet de donner un coup d’accélérateur au projet. Les grands défenseurs de la participation à ce type d’événements se heurtent cependant à un argument de poids régulièrement avancé par leurs contradicteurs, à savoir celui du temps important qu’il est nécessaire d’accorder à une candidature, pour un résultat parfois décevant.

Des opérations séduction attrayantes

Les initiatives comme « Pulse Contest » se multiplient aux quatre coins de l’Hexagone. Elles jouent un rôle de tremplin à plus d’un titre, et celui-ci n’est pas toujours inaccessible. Le Concours national d’aide à la création d’entreprises de technologies innovantes fait partie des initiatives qui se déroulent chaque année. Il récompense les projets en émergence nécessitant encore une phase de maturation sur le plan technique et économique. Une subvention de 45000 euros est accordée dans le but d’asseoir la faisabilité du projet d’entreprise sélectionné. En 2013, sur quelques centaines de candidats, environ 120 lauréats ont été retenus. Il s’agit de sociétés évoluant dans le domaine pharmaceutique, dans les sciences de la vie, les biotechnologies, ou encore l’informatique, pour la majorité d’entre elles. « En tant que CCI, nous représentons l’outil le mieux adapté pour faire connaître les tremplins mis à la dispositions des entreprises. Une première étape indispensable est déjà d’informer ces dernières de l’existence et de l’intérêt de telle ou telle opération, ce qui n’est pas forcément une mince affaire », explique Joël Alexandre, vice-président de la CCI Centre et président de la CCI du département d’Eure-et-Loir. « Au sein de notre structure, nous diffusons des bonnes pratiques pour les personnes qui se lancent dans l’entrepreneuriat, ce qui inclut des pistes pour profiter de toute la visibilité que peuvent offrir des opérations extérieures, et celles-ci sont souvent plus intéressantes qu’il n’y paraît », indique Nicolas Hazard, président de l’incubateur parisien Le Comptoir, notamment positionné sur la reprise d’entreprise. Les récompenses et traitements de faveur auxquels une entreprise peut prétendre sont d’autant plus fréquents que celle-ci évolue dans une filière à fort potentiel de développement. Pour les structures dont l’activité repose sur une technologie prometteuse, Bpifrance (la Banque publique d’investissement) a mis en place le Pass French Tech, un dispositif qui fait figure de service Premium pour les entreprises concernées par une situation d’hypercroissance. L’objectif est de pouvoir donner un coup d’accélérateur à un développement qui ne demande qu’à exploser. Elaboré en 2014 par les partenaires principaux de la « French Tech », une expression qui désigne l’ensemble des acteurs impliqués dans l’écosystème français des start-up, le Pass French Tech vise à fournir un accès privilégié, simplifié, et fluidifié à toutes les offres d’Ubifrance (l’agence française pour le développement international des entreprises), de Bpifrance, de la Coface (le spécialiste de l’assurance-crédit), mais aussi de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI). Les entreprises sélectionnées bénéficient d’un accompagnement personnalisé renforcé, en ayant à leurs côtés des interlocuteurs référents partenaires du dispositif. Une mise en relation avec des investisseurs adaptés au profil de l’entreprise est proposée, afin de répondre aux besoins de financement. Un accompagnement est également fourni pour les démarches de levée de fonds. Toutes les sociétés bénéficiaires profitent par ailleurs d’une visibilité exceptionnelle grâce à la mise en avant de leur profil dans les différentes communications de chaque partenaire, sans oublier la priorité avec laquelle toutes les demandes sont traitées. Un exemple d’initiative qui vaut bien l’attention des entreprises. « Nous constatons un réel engouement de la part des entrepreneurs impliqués, qui soulignent un véritable changement chez les partenaires du Pass French Tech qui consiste à mettre l’entrepreneur au cœur de la définition de leur offre de service, en cherchant à lui faire gagner du temps et en lui simplifiant les démarches », explique Paul-François Fournier, directeur de l’innovation de Bpifrance.

Devenir des « bêtes à concours »

La candidature à ces concours et initiatives de soutien est souvent considérée comme un passage obligatoire, un exercice indispensable. Force est de constater que le retour sur investissement, difficilement mesurable, n’incite pas toujours à se précipiter sur les dossiers d’inscription, mais les retombées peuvent parfois être bien plus importantes que ce qu’imaginent les dirigeants. Quelques bons réflexes en amont permettent d’évaluer l’intérêt de consacrer du temps à un projet de ce type. Tout d’abord, mieux vaut se focaliser sur les concours véritablement adaptés à son activité, représentant un challenge vraiment constructif. Une fois que celui-ci est identifié, inutile de s’attarder sur les questions auxquelles le business plan constitue une réponse en soi. Mais se pencher scrupuleusement sur les points en rapport direct avec la thématique phare du concours forme un élément déterminant. Faire appel à des structures spécialisées dans le montage de dossiers de ce type peut être une démarche intéressante, tout comme la recherche d’anciens participants et lauréats dont les conseils s’avèrent généralement précieux. Le réseau d’entreprises dans lequel évolue la société, le pôle d’activité voisin, ou les pépinières locales sont capables d’orienter facilement les intéressés. « La multitude d’événements et opérations dédiés aux PME peut donner le tournis, ajoute Joël Alexandre. Les dirigeants peuvent vite avoir l’impression d’être dans une vraie jungle dans laquelle les initiatives qui leur sont adaptées finissent par passer inaperçues. C’est à des acteurs comme nous d’aller vers eux en expliquant comment en tirer pleinement profit. »

Pour Guillaume Bort, cofondateur et PDG de fioulreduc.com, site Internet français spécialisé dans la vente de fioul domestique à bas prix pour les particuliers, la structuration progressive au cours des dernières années de l’écosystème start-up, impliquant les business angels, les leveurs de fonds, accélérateurs et autres incubateurs, « a largement bénéficié à tous ces concours dont le nombre ne cesse d’augmenter ». La question ne serait plus de savoir s’il faut y participer ou pas, mais plutôt comment y participer.

Petit entraînement avant le grand bain

En terme de vie quotidienne, les concours représentent avant tout un apport nourrissant l’esprit de compétition, à l’origine « d’une saine et nécessaire émulation », ce qui forme une première bonne raison de s’investir dans ces projets. Plus concrètement, l’un des premiers intérêts réside dans la préparation et la rédaction du pitch, dont l’avantage est de forcer le dirigeant d’entreprise à prendre du recul sur son activité, sa situation, ses besoins. Avec les contraintes opérationnelles qui rythment les semaines, prendre de la hauteur pour mieux se recentrer sur le projet et les ambitions n’est pas si fréquent. Le dossier permet alors de préciser quatre points majeurs que mentionne le réseau Business Angel France : la question des besoins auxquels l’entreprise répond, les avantages concurrentiels permettant d’avoir une longueur d’avance, la vision personnelle du marché, les solutions pour tenir les concurrents à distance sur le long terme.

Lorsque le jour de l’événement se profile, l’entraînement à la présentation de l’offre d’entreprise et les retours apportés par les autres professionnels présents représentent deux autres bénéfices essentiels. Au moment du lancement de sa start-up, Guillaume Bort a participé à une série de concours comme celui de l’Accélérateur, une structure de financement et de développement des start-up, ou Start In Paris, un événement mensuel qui permet à cinq start-up de présenter leurs services en cinq minutes à une communauté parisienne d’entrepreneurs et d’investisseurs. Des démarches qui lui ont permis d’évaluer précisément le bénéfice de son activité, sa pertinence, et de « s’entraîner à pitcher devant un public très large ». Un exercice qui, selon lui, constituait une excellente préparation aux présentations futures à mener face aux investisseurs. Le jury de ce type de concours est par ailleurs généralement composé de professionnels et experts de grande qualité, ayant une connaissance fine des domaines abordés. Les critiques de ces derniers sont décrites comme systématiquement constructives et aidant à orienter son projet d’entreprise dans un sens souhaitable, voire inattendu. En cas de victoire, les récompenses vont bien au-delà du chèque offert pour l’occasion. L’entreprise lauréate dispose d’une visibilité inespérée dans la presse locale et spécialisée, ce qui permet d’améliorer sa notoriété auprès d’un public élargi, de booster son référencement auprès d’acteurs clés, de faire connaître la valeur ajoutée et le caractère différenciant de son offre, et bien sûr de gagner en visibilité par rapport à d’éventuels investisseurs. D’autres récompenses sont très concrètes comme les modules d’accompagnement, la création d’un nouveau réseau de contacts ou l’obtention d’aides.

Timing et bonnes pratiques

Il faut noter par ailleurs que l’intégration de réseaux et l’augmentation de la visibilité forment des bénéfices pour tous les participants, qu’ils soient lauréats ou non. Le seul fait de participer aux événements permet de rencontrer l’ensemble de l’écosystème dans lequel évolue la société candidate, à savoir clients potentiels, fournisseurs, investisseurs, concurrents, partenaires, instituts de recherche, plateformes de transfert de technologies…

Mais gare aux faux semblants. De quels écosystèmes parle-t-on ? Comme le mentionne Jérôme Marteaux, ce n’est pas parce qu’on est une start-up que l’écosystème dans lequel on évolue est le même que celui de toutes les autres start-up. Le risque est alors de multiplier les rencontres, certes intéressantes, mais peu constructives quant à sa propre activité. Un autre écueil concerne le moment auquel on décide de s’inscrire à un concours. Il peut être difficile de savoir si celui-ci est approprié, par rapport au stade d’évolution de l’entreprise. Entre le moment où un premier prototype est disponible et celui où le modèle économique a déjà été validé par les premiers clients, la situation à exposer n’est pas du tout la même. Présenter son profil à un concours peut alors être inadapté, même si en théorie une participation s’avère justifiée. Entre la nécessité de confronter son projet à la réalité du secteur, la recherche de visibilité, et la quête de partenaires et de financement, les objectifs varient à chaque étape et risquent de se retrouver en décalage avec l’apport de tel ou tel concours..

 

Article réalisé par Mathieu Neu

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