Boulot-récré : Vivre de sa passion est-il possible ?

D'abord faire le tri dans ce qui plaît avant d'en faire une boîte ?
D’abord faire le tri dans ce qui plaît avant d’en faire une boîte ?

Petits, nous rêvons grand – et souhaitons devenir astronaute, aventurier ou Président de la République. Plus tard, les fantasmes s’étiolent à l’aune de notre vie de jeune adulte. Pourtant, toujours ancrées au fond de nous, des idées sommeillent, celles de vivre de nos passions qui nous animent, de l’art, de la musique. Pourquoi aussi ne pas monter un bar avec les copains  ? Monter notre marque de prêt-à-porter ? Ou encore pouvoir monétiser notre mode de vie en dispensant des conseils pratiques sur le Web ? En 2016, un vent nouveau souffle et l’air du temps est à ces hobbypreneurs, autrefois consultants, étudiants, salariés, chômeurs… aujourd’hui exploitants agricoles, brasseurs, gérants de bar, designers, enseignants en tir à l’arc, créateurs d’expériences récréatives, producteurs de musique, éditeurs de bandes dessinées… Aujourd’hui donc, il ne s’agit plus seulement d’être entrepreneur mais de le faire dans une activité loisir. Retour d’expériences. Ou comment faire de son violon d’Ingres son métier.

Tester sa passion sans grande conséquence

Devenir hobbypreneur ne signifie pas obligatoirement créer sa structure et en vivre dans l’immédiat. Bien au contraire. Le déclic n’arrive pas naturellement. Souvent il faut même des années avant de se lancer corps et âmes dans ce que l’on aime. (cf. encadré de Vincent Fougeroux). L’hobbypreneur peut ainsi faire le choix de temporiser, de tester son idée – l’essor du freelance avec les plateformes de désintermédiation en tous genres et le statut d’autoentrepreneur encourageant ledit phénomène. « Souvent, nous rencontrons des porteurs de projet qui créent une activité en marge de leur emploi classique. Qu’il s’agisse d’une passion sous la forme d’une association, de la création d’un média ou d’un point de restauration, ces derniers ont envie de développer par essai, pour voir si ce hobby deviendra une activité rentable à plein temps », relate Matthieu Maire du Poset, directeur général adjoint de la plateforme de financement participatif Ulule.

Mettre du sens autrement ?

L’idée est donc bien de pousser sa passion un peu plus loin, au-delà de la dimension créative et du loisir. Mais l’envie première de chaque hobbypreneur reste la même. Il s’agit pour ces entrepreneurs-passion de mettre en résonance leur activité avec un idéal de vie. Vivre de sa passion plus que travailler par besoin financier, quitte à perdre en pouvoir d’achat : « J’avais un bon salaire en tant que consultant dans les politiques publiques. Aujourd’hui, il faut faire un beau CA pour avoir un beau salaire. Mon niveau de vie n’est pas tout à fait le même, mais entre vivre cette aventure et rester salarié pour 1000 euros de plus, le choix est vite fait. Je ne regrette rien », tranche Maxime Merian, désormais gérant du Sophomore, bar de quartier dans le XIème arrondissement de Paris (cf. encadré).

Et Mathieu Maire du Poset pour Ulule d’ajouter : « C’est une lame de fond dans notre société, à l’œuvre chez les jeunes générations et chez les quinqua : à 20 ans, à 30 ou à 50 ans, on se demande comment se faire plaisir dans le métier que l’on exercera plus tard. L’originalité de l’idée, c’est plus qu’elle se réalise aujourd’hui dans l’entrepreneuriat. »

Comment capitaliser sur son hobby ?

Mais rapidement, la passion ou le hobby doivent céder leur place à un nouveau questionnement : y a-t-il un marché ? Une communauté derrière, pouvant soutenir et animer l’activité ? Comment puis-je faire fructifier ces heures adonnées à cette passion ? Pour Bertille Burel et James Blouzard, cofondateurs de Wonderbox (cf. encadré), il s’agira de capitaliser sur leur premier réseau de partenaires constitué durant leurs différents voyages pour matérialiser leurs premières offres. Pour Anthony Debailleul, actuel gérant de la brasserie du Mont Cassel, sa connaissance des restaurateurs, des cafés et des bars lui permet d’accélérer la distribution de sa bière…

Déniaiser le passionné et cadrer son activité

« Chaque année, nous entendons le même refrain : notre enfant adore jouer et il voudrait en faire son métier. Nous travaillons très tôt auprès des publics intéressés sur la réalité des métiers des jeux vidéo ou du design, via notamment nos summer camps. Nos diplômés ont la chance de pouvoir s’orienter vers des métiers-passion, mais nous essayons de savoir si cette passion est leur unique motivation. Nous envisageons avec eux également comment faire de leur passion un métier », résume Caroline Tisserand, directrice générale de Rubika, groupement de trois écoles spécialisées, un des leaders dans le design, le jeu vidéo et l’animation. Un propos qui montre que la naïveté n’est donc plus au même niveau pour appréhender la dimension entrepreneuriale. Peu nombreux d’ailleurs sont les hobbypreneurs à avoir vécu une forme de désillusion lorsqu’ils ont décidé de passer le cap de l’activité économique.

Aucune chausse-trappe du passionné ?

Peut-être, plus que n’importe quel autre profil d’entrepreneur, l’hobbypreneur nécessite un besoin d’encadrement pour la faisabilité du projet, mais surtout pour prendre la bonne décision. Car il n’est pas rare que la passion joue en défaveur de l’entrepreneur pour un changement de positionnement commercial, pour un pivot d’activité… Le hobby peut être synonyme d’ornières pour l’entrepreneur qui a trop le regard fixé vers les étoiles. « Le passionné a toujours besoin de quelqu’un sur le côté économique, sur la construction du business model, sur le financement, les aspects juridiques, et en particulier la protection intellectuelle dans nos métiers. A notre niveau, il s’agit de créer des écosystèmes favorables et un environnement porteur pour trouver le moyen terme entre l’accompagnement serré et l’envol d’une activité passion », relate Caroline Tisserand.

Aussi, le côté hobby occulte-t-il parfois la bonne communication et la transmission du projet. « Les porteurs de projet se comprennent mais n’adaptent pas obligatoirement leur discours à un non initié. Pourtant, savoir vulgariser pour aller chercher un financement est vital », limite Caroline Tisserand, qui fait du pitch projet un exercice incontournable de ses trois écoles.

Autre limite enfin, le surinvestissement. Là encore, c’est l’un des maux les plus récurrents des entrepreneurs. Sauf que cette fois-ci, les activités pour décompresser sont toujours un peu liées directement au travail. Mais rassurez-vous. Cela n’empêche pas Bertille Burel (cf. encadré) de commencer de nouvelles activités. Le Karaté et son art de vie en l’occurrence. Anthony Debailleul apprécie tout autant la dégustation d’une bière qui n’est pas la sienne. Et Vincent Faugeroux regrette de ne pas avoir plus de temps pour tirer à l’arc. Comme quoi…

Geoffroy Framery

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