Les deux héros de la série documentaire de France 5 débutent une troisième saison ; retour sur deux profils atypiques empreints d’écologie et avides de défis.

« Nous transformons un besoin, une ambition, un rêve en réalité, comme dans l’entrepreneuriat »
« Nous transformons un besoin, une ambition, un rêve en réalité, comme dans l’entrepreneuriat »

« – Et si nous partions sans argent ? – Oui pourquoi pas, mais alors sans sac – D’accord, mais dans ce cas nous partons à poil ! » C’est donc sur une surenchère de défis lancés par Nans Thomassey et Guillaume Mouton, alias Nans et Mouts, que le concept du documentaire Nus et culottés est né. « Nous étions dans le bluff. Mais un mois plus tard, nous nous sommes retrouvés sans vêtements au bord de la Drôme à Die avec un objectif-rêve à réaliser en cinq jours : rallier une discothèque à Paris en décapotable rouge. « C’est ce que nous avons fait », se remémore Nans, dont la mère s’est alors demandé ce qu’elle avait raté dans son éducation… Chaque périple donne lieu à une mission : rencontrer une chanteuse d’opéra en Italie, trouver de l’or en Suisse, passer une nuit dans un manoir hanté en Écosse… Pour pimenter l’aventure, ils s’inventent des contraintes supplémentaires, comme faire du stop sans parler ou ne rien demander aux gens qu’ils croisent. Avec pour unique bagage un couteau et trois petites caméras, ils crapahutent pieds nus, traversent des torrents, avant de trouver refuge pour la nuit, affamés et grelottants. Faire un feu, manger des orties, se fabriquer des vêtements avec des feuilles… et éprouver le plaisir des rencontres fortuites, tels sont les ingrédients qui ont conduit France Télévision à commander une série documentaire.

Parcours atypiques

Tous deux ont grandi en milieu rural ; Mouts, 28 ans, en Haute-Marne, auprès de parents enseignants, mordus de camping et d’apiculture. Adolescent, en canoë sur la Marne ou à vélo dans le Jura suisse, il commence à goûter au plaisir des rencontres et des nuits à la belle étoile. Nans, 30 ans, a passé son enfance dans un hameau de l’Isère. Il garde des souvenirs intenses des escapades estivales avec sa mère, en camping sauvage. À 15 ans, il intègre une section « sport-nature » du lycée de Die, où il découvre la pratique intense du ski de randonnée, de l’escalade, du kayak. Une conférence de Pierre Rabhi, qui prône la décroissance heureuse, le marque à vie. Lorsqu’il entre à l’Insa à Toulouse et choisit génie civil, il se lance dans les maisons vertes à basse consommation énergétique. Et après avoir appris l’écologie sédentaire, il cherche à connaître l’écologie nomade. Est-il possible de voyager en réduisant son empreinte écologique à la portion congrue ? Son tour du monde en 2008-2009 avec un camarade à budget réduit (bateau stop par l’Atlantique) lui permet d’explorer diverses techniques. « C’était une vraie école de l’allègement. Et une fois le superflu passé aux oubliettes, il faut s’en remettre à l’autre. Nous nous sommes enrichis, d’où l’idée d’écrire un livre sur les moyens de se déplacer, se nourrir, se soigner avec rien. Cet abécédaire du vagabondage, « la bible du grand voyageur », a finalement été édité par Lonely Planet », se réjouit le globe-trotter. Les deux ingénieurs se croisent à l’INSA en 2005 – au cours d’une soirée (arrosée) -, voyagent ensemble et testent leur capacité à s’arrêter chez les habitants en Angleterre, au Luxembourg et en Belgique. Puis Mouts réalise alors de son côté le tour du continent américain, s’improvisant journaliste pour interviewer ceux qui ont mis au point des techniques répondant au dérèglement climatique : des filets récupérant l’eau de la brume dans le désert chilien, du carburant états-unien à base d’algues, des fours solaires argentins… De ces 10 mois de voyage en ressortira aussi un livre, EcoAmerica. Forts de leurs expériences respectives, les deux complices se jettent ensemble dans le grand bain.

Plus qu’un défi, une philosophie

Les deux aventuriers ne sont pas de simples têtes brûlées, ils cherchent à prouver que la sobriété heureuse est possible. « La première fois il nous fallait vite trouver des vêtements, ne pas tomber sur des chasseurs, des enfants, chercher un centre Emmaüs. Nous étions terrorisés et avons finalement eu foi en l’avenir. A Lyon, nous avons été hébergés par un étudiant éméché que nous avons rencontré sur les quais de Rhône, et nous avons vu un sac de costumes dans son entrée, qu’il s’apprêtait à jeter. Ce sont ces petits coups de pouce qui nous font penser qu’il y a de la magie dans ces aventures. Trouver un briquet qui fonctionne lorsqu’on est en train de gratter les rochers pour récolter de la mousse et se protéger du froid tient du miracle, et pourtant cela nous est arrivé », évoque Nans, selon qui ce genre de vécu s’apparente à une école de   l’entrepreneuriat : « nous transformons un besoin, une ambition, un rêve en réalité. Il faut aimer les gens être très ouvert, ne pas les entourlouper mais ne pas non plus oublier le fil rouge, la ligne directrice. Pour son acolyte Mouts, « cette notion de capitanat changeant est aussi importante. Parfois l’un des deux est fatigué et se repose sur l’autre. C’était mon cas lorsque nous sommes arrivés à Paris lors de notre premier périple. J’étais découragé, et puis j’ai vu Nans courir après un Tuk-tuk rouge, dont nous avons convaincu la conductrice de nous conduire à la discothèque l’Arc, sur les Champs-Elysées ». D’aventure entrepreneuriale, il en a d’ailleurs été question avec la télévision. « Nous avions emmené un appareil photo, avec lequel nous avions filmé. D’une heure de rush, nous avons tiré trois minutes qui ont ravi notre entourage. Nous avons alors harcelé la boîte de production Bonne Pioche, qui œuvre déjà pour J’irai dormir chez vous ou Les Nouveaux Explorateurs, ce qui a réussi », se souviennent les deux camarades. Ceux-ci ont parfait leur formation, voyageant en Suisse avec Kim Pasche, un trappeur canadien qui leur a appris les rudiments de la survie, comme faire un feu ou corder des fibres. Pour Mouts, la difficulté n’est pas tant technique : « durant toute notre vie nous acquérons des codes et nous livrons à l’auto-censure, ce genre d’expérience permet de re-questionner un certain nombre de choses. Il suffit d’oser, même si nous nous prenons des claques. En Allemagne, un soir d’hiver où il nous fallait trouver refuge, nous avons essuyé une cinquantaine de refus, ce qui a été très formateur ». Téméraires, mais méthodiques, ils réalisent un bilan après chaque expérience, afin de mieux formuler leur requête et créer un climat de confiance. « Dans tous les cas nous réussissons l’expérience car elle produit un résultat, même si nous ne relevons pas le défi », révèle Mouts. Ceux qui vérifient les limites de la liberté acquièrent même une certaine sagesse : « tout a sa place, nous finissons par faire confiance à une certaine mécanique de la vie et à percevoir les opportunités. Nous devenons plus ouverts à la sérendipité, qui nous fait trouver des solutions auxquelles nous ne nous attendions pas », réfléchit Nans. Le reste de l’année, les deux compères rencontrent la presse, font des conférences et organisent des stages de vagabondage (www.grand-voyageur.fr). Quand on a bu le thé avec un Lord, ou essayé de rencontrer le roi de Belgique sur un coup de tête, on a beaucoup à transmettre en termes de volonté…

Article réalisé par Julien Tarby & Jean-Baptiste Leprince

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