Bref, si on leur foutait la paix

Quatre mille chefs d’entreprise rencontrés en trois années d’aventure littéraire me l’ont confirmé : un bon entrepreneur doit être bon en tout. Très souvent, trop souvent, le chef d’orchestre doit abandonner son pupitre pour se muer en véritable couteau suisse, l’expression n’est évidemment pas de moi. Maîtriser parfaitement le droit social, exceller en tableaux de bords, être un super manager, connaître le droit fiscal sur le bout des doigts, sans oublier, entre deux, d’être le commercial de l’année.

Et pourtant ? Aucun de ces quatre milles patrons (mot honni par une grande partie d’entre eux) n’a créé sa boîte parce qu’un jour il s’est regardé dans la glace en se disant : « Waouh, je suis un manager hors pair, je me lance ! ». Personne n’a fondé une entreprise parce qu’il connaissait par cœur les 3650 pages de ce foutu Code du travail (un avocat, peut-être ?). Non, s’ils se sont lancés, si nous nous lançons, c’est parce qu’un jour nous avons une idée. Nous croyons tellement en cette idée que nous avons la conviction profonde de pouvoir en vivre un jour. Et même mieux : en faire vivre d’autres, aussi. Un sentiment d’une puissance peu commune, à faire se hérisser les poils des entrepreneurs que nous sommes. Tous les pores de notre peau nous le disent, ce fameux jour : « tu ne peux plus vivre sans donner vie à ton idée ».

Ce sentiment fait la force de ces courageux qui se lèvent le matin en croyant qu’un avenir optimiste est possible. Il doit être respecté, chouchouté, porté, encouragé, accompagné. Et leur quotidien simplifié, pour de vrai, pas en supprimant une ligne aux fiches de paie pour en ajouter deux. Car une chose est sûre : les entreprises que portent ces personnes à l’énergie débordante seraient bien plus performantes si on cessait d’emplir leurs journées de tracasseries très loin de leurs domaines de compétence. Bref, si on leur foutait la paix.

Julien Leclercq

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