Jeux de cartes et prestidigitation des communicants

Le 18 avril, une grande enseigne de distribution a lancé une nouvelle carte de paiement internationale, commercialisée à un prix attractif (5€), que l’on pourra se procurer en grande surface, entre les rayons de produits ménagers et les pâtes alimentaires. Dans le coffret présenté sur les têtes de gondole des supermarchés, le consommateur trouvera un guide d’utilisation et une carte MasterCard, qu’il pourra activer aisément après quelques formalités à effectuer sur son smartphone. Les frais de « tenue de compte » seront très réduits (1€/mois), et la carte à débit immédiat fonctionnera partout dans le monde. Faut-il y voir un indice d’une démocratisation de la finance ?

Indépendamment de la gamme limitée des services offerts par ce nouveau produit (qui, par exemple, n’accepte ni le dépôt d’espèces, ni l’émission de chèque, ni les découverts), la presse a beaucoup vanté les mérites de cette initiative citoyenne : elle serait la preuve d’une ubérisation de la finance, d’une popularisation des instruments monétiques, d’une justice distributive appliquée aux moyens de paiement. L’argument principal avancé : les interdits bancaires pourront enfin retrouver l’usage d’une carte bleue.

Il y aurait beaucoup à dire sur cette prétendue innovation. Sans s’appesantir sur le sujet, il importe cependant de rappeler que le Code monétaire et financier stipule en son article L.312-1 que « toute personne physique ou morale domiciliée en France, dépourvue d’un compte de dépôt, a droit à l’ouverture d’un tel compte dans l’établissement de crédit de son choix ». Autrement dit, même les personnes qui ont émis des chèques sans provision et qui se retrouvent par le fait même interdits bancaires, peuvent disposer, au besoin par le recours à la Banque de France, des moyens de paiement usuels et réaliser tous types d’opération (comme des virements ou même des chèques de banque). Le nouveau produit commercialisé par cette enseigne de la grande distribution ne répond donc pas pleinement à un besoin (ce d’autant qu’un produit comparable était déjà disponible dans les bureaux de tabac). Il fournit cependant l’occasion de s’interroger sur le coup de baguette magique des communicants : assistés par des medias complaisants, ils transforment sous nos yeux ébahis la simple mise à disposition d’une nouvelle offre en la réponse tant attendue à une demande préexistante.

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