Le risque des fausses innovations et start-up

Prôner la prise de risque, l’innovation et l’entrepreneuriat n’empêche pas de garder un esprit critique. Le monde des start-up aussi connaît des abus et compte ses moutons noirs, ceux qui adoptent les codes et outils de cet univers pour mieux les détourner à leur profit et finalement adopter un management « vieille école ». EcoRéseau Business met donc la lumière sur ce livre de Mathilde Ramadier, auteure de BD à l’origine, qui vient de sortir son premier essai, «  Bienvenue dans le nouveau monde – Comment j’ai survécu à la coolitude des start-up » (éd. Premier parallèle, 2017). Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître, puisqu’il crée le débat. La jeune femme tire de son expérience dans 12 start-up berlinoises un témoignage troublant et une analyse précise des conditions de travail rencontrées, allant à l’encontre des louanges habituelles. Ses dénonciations prêtent au début à sourire, comme celle de l’utilisation excessive d’anglicismes, la super motivation toujours affichée, les profils sur les réseaux sociaux lissés. Mais elles dressent finalement le portrait de la fausse start-up dont les orientations sont à éviter. Premièrement la fausseté des dénominations. « Presque tous les employés ont un titre de «manager», mais quasiment aucun n’a d’emploi cadre. » Une novlangue adoptée pour faire passer la pilule d’emplois peu valorisants, de contrats courts à faibles salaires, alors que tout le monde connaît les difficultés financières d’une start-up qui débute. Le discours quasi-messianique permet parfois de faire avaler des couleuvres : l’auteure cite cette start-up qui lui a envoyé par mail la veille de son arrivée le « Welcome Kit » et qui précisait sans aucun scrupule que le matériel de travail ne serait pas fourni, que cela participait à l’ « esprit start-up ». Deuxièmement la mauvaise flexibilité, celle qui permet de faire faire n’importe quoi aux gens. « C’est le mot d’ordre de ce nouveau capitalisme sauvage », écrit-elle. Ainsi lui a-t-on souvent dit, en entretien, qu’on l’embauchait pour une tâche mais qu’elle serait amenée à faire autre chose. Mais là où le bât blesse, c’est que cet « autre chose » se révèle non gratifiant et prend 100% du temps ! Troisièmement la mauvaise utilisation des nouvelles technologies, pour un flicage ou l’organisation d’une compétition assez malsaine entre les salariés. Finalement l’adoption de vieilles recettes de l’ancien monde, par les outils collaboratifs internes. Quatrièmement la fausse innovation, noyée dans tous ces codes, mais qui répond à un besoin déjà pourvu. L’auteure stigmatise les jeunes pousses qui ne font que suivre une mode, prenant l’exemple de celle qui livre des repas à domicile, comme beaucoup de concurrents, sans aucune valeur ajoutée. Cinquièmement, elle souligne un ensemble de dispositifs propres aux start-up, mais qui peuvent se muer en artifices si l’esprit est faux. Ainsi, l’espace de jeu sur le lieu de travail, la table de ping-pong, les distributeurs de bonbons, les frigos remplis de denrées « healthy » ne sont plus des instruments de bien-être, mais des prétextes pour faire avaler les heures supplémentaires et abolir la frontière vie privée/vie professionnelle. La « coolitude », mais aussi la disruption, ne se décrètent pas.

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