De tous temps ces produits d’investissement fascinants ont suscité le débat. Mais les arguments des contempteurs perdent en puissance sur la durée…

Les spécialistes sont unanimes : le marché de l’or a connu des jours meilleurs. Dans les quatre années qui ont suivi la débâcle financière de 2008, le cours du métal jaune s’est envolé à mesure que les investisseurs fuyaient les produits financiers classiques. Là où un lingot valait moins de 8000 euros début 1999, il a atteint près de 45000 euros en octobre 2012… Aujourd’hui, tout est différent : après une forte chute en 2013 et plusieurs incursions sous la barre des 30000 euros, le cours fluctue depuis quelques mois autour de 30500 euros. Cette baisse s’explique par une multitude de facteurs : les taux sont remontés, la conjoncture économique américaine s’est améliorée, et les particuliers se sont détournés de l’or pour se repositionner sur des actifs plus traditionnels… Pire : les cours pourraient encore chuter davantage si la Réserve fédérale américaine décidait, comme l’attendent certains analystes, d’opérer un resserrement monétaire… Une telle décision, de la part de la Fed, serait une première depuis 2008. Avec un cours multiplié par cinq en quelques années, puis une chute de près de 30%, difficile de ne pas voir un aspect spéculatif dans la cotation de l’or.

 

Et puis une couronne d'actions et d'obligations, c'est quand même moins glamour...
Et puis une couronne d’actions et d’obligations, c’est quand même moins glamour…

De la toge au costume de marque

Alors, faut-il définitivement tirer un trait sur la « relique barbare », comme le surnommait l’économiste John Maynard Keynes ? Pas sûr… « La monnaie papier, aujourd’hui, a perdu de sa crédibilité : les gouvernements en ont trop imprimé, et la planche à billets continue, estime Patrick Schein, président de la société Gold by Gold. L’or, en revanche, ne pourra jamais perdre sa valeur intrinsèque, en raison de sa rareté : vous ne pouvez pas vivre à crédit sur l’or. C’est un actif physique, concret, indestructible. » Par ailleurs, comme aiment à le rappeler les observateurs du secteur, l’or a l’avantage de ne jamais se déprécier sur le (très) long terme. Ainsi, selon une parabole attribuée à la famille Rothschild, une once d’or permettait sous l’empire romain d’acheter une toge de bonne facture. Aujourd’hui, le prix de l’once (950 euros environ à la mi-septembre) correspond au tarif d’un costume de qualité. Pour Jérémy Aras, responsable financier à l’Institut du Patrimoine, « il faut comprendre que l’or n’est pas une valeur refuge au sens de la garantie du capital : on l’a vu avec la récente chute des cours. Comme les autres métaux précieux, il faut plutôt considérer cet actif comme un outil de diversification patrimoniale ». Un outil qui peut se révéler redoutablement efficace pour lutter contre l’inflation, ou encore pour préserver une partie de son portefeuille en temps de crise. Encore faut-il veiller à ne pas perdre de vue la valeur intrinsèque de l’or au moment d’un achat. « La meilleure façon de s’en rendre compte est de faire un track-record en mettant en rapport la quantité réelle et le prix », recommande Jérémy Aras. « Lorsqu’il n’y a pas d’augmentation ni de diminution de la quantité de métal disponible et qu’on observe une forte augmentation, comme au moment de la crise, on peut estimer qu’il s’agit d’un effet de flux, qui risque de déboucher sur une bulle à terme », ajoute-t-il. Pour se positionner sereinement sur l’or, les spécialistes conseillent de ne pas investir plus de 5 à 10% du patrimoine global, et de privilégier l’or physique plutôt que les trackers. « Il est aussi important de penser à la capacité d’échange : en termes de liquidité, il est plus intéressant de posséder plusieurs napoléons qu’un lingot », remarque Jérémy Aras. Les professionnels recommandent également de placer l’or dans un coffre à la banque pour limiter les risques de vol, mais aussi de dégradation : s’il est vrai que l’or est un métal pratiquement indestructible, il est néanmoins malléable, et une simple rayure sur un lingot peut se chiffrer à plusieurs centaines d’euros…

 

Le cours du diamant est éternel

Pour rester dans les actifs tangibles, concrets, d’autres préfèrent se tourner vers le diamant d’investissement. Moins volatil que l’or, le diamant partage avec lui plusieurs avantages : transportable facilement, il échappe au système bancaire et peut se vendre partout dans le monde. Il protège lui aussi de l’inflation, mais son marché reste corrélé à la réalité économique puisqu’il reste régi par la demande en bijouterie… Il n’est cependant pas à l’abri de toute variation : au plus fort de la crise financière, les cours ont plongé de 40% avant de se reprendre durant les années suivantes. Le principal problème du diamant acheté à un professionnel est la différence entre le prix d’achat et la revente. Dès l’achat, la pierre perd une partie non négligeable de la valeur, contrairement à l’or. Un facteur qui explique le succès des plateformes d’achat et de vente entre particuliers, comme la société AuCoffre, qui met les investisseurs en relation pour des échanges de gré à gré et propose des services de garde en coffre. « Le diamant ne représente pas une protection anti-crise au même titre que l’or, mais les cours sont soutenus par la stratégie de grands groupes, comme De Beers ou Rio Tinto, qui contrôlent la production et peuvent décider de fermer les mines pour provoquer un effet de rareté, explique Jean-François Faure, président et fondateur de la plateforme. Ces groupes n’ont pas d’intérêt à créer une bulle, ou à faire en sorte que les cours s’effondrent. Celui qui investit sur le diamant se place dans la même stratégie que ces groupes. Il y a bien sûr des passages à vide, mais sur la durée le cours du diamant est plus performant que celui d’une action réputée très stable, comme Air Liquide. » Comme pour l’or, il est recommandé d’utiliser le diamant comme un outil de diversification patrimoniale, et de ne pas dépasser 5% du patrimoine. « C’est la part que les investisseurs réservent généralement aux valeurs de fonds de portefeuille. Celui qui détient des actions qui rapportent peu peut envisager de les remplacer par du diamant », conseille Jean-François Faure.

Article réalisé par Antoine Pietri

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