Pour améliorer les performances éducatives, adapter l’école au monde moderne et compenser les désavantages sociaux, l’heure est à la réforme des systèmes scolaires autour du monde. Illustration en France, en Suède, en Italie et en Finlande.

"Non ! Cosinus n'est pas un joueur de basket lituanien !"
“Non ! Cosinus n’est pas un joueur de basket lituanien !”

«Peut mieux faire » : depuis plusieurs années le célèbre classement PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), mis en place par l’OCDE pour comparer les systèmes éducatifs autour du globe, profite de son conseil de classe annuel pour rappeler à l’ordre le système français. Le bonnet d’âne semble se rapprocher, puisque le niveau des lycéens en compréhension écrite et en mathématiques ne cesse de décliner depuis 2000 ; notre école est socialement inégalitaire et forme des élèves scolairement moyens – 122000 jeunes, soit 17% des élèves, quittent chaque année l’école sans diplôme – et mal dans leur peau, puisque PISA pointait en 2012 que « la France se classe toujours parmi les pays de l’OCDE où le niveau d’anxiété [des enfants] est le plus élevé ». Tandis que les écoles maternelles et primaires tiennent leur rang, le collège fait figure de cancre. La ministre de l’Education Najat-Vallaud Belkacem, qui a pointé que le système actuel « ne garantit pas l’acquisition des connaissances de base », vient de dessiner une réforme qui entrera en application dès cette rentrée, pour tenter d’y remédier. Au menu : interdisciplinarité, travail d’équipe et davantage de liberté pour les professeurs dans la conduite de leur métier. En effet, 20% des heures de cours seront réservées à l’accompagnement personnalisé, aux travaux en petits groupes et aux projets interdisciplinaires. Et les professeurs décideront de la forme à donner à ces temps pédagogiques, selon les spécificités de leur établissement. La France n’est pas la seule à se pencher sur la manière dont elle forme sa jeunesse. Un peu partout autour du monde, les Etats tentent de réformer leurs écoles, collèges et lycées pour y améliorer les performances éducatives, les adapter au monde moderne, et compenser les désavantages sociaux.

Enseignement thématique et travail de groupes en Finlande

Depuis des années, la Finlande figure dans le groupe de tête des classements internationaux en expression écrite et en mathématiques. Pourtant, depuis deux ans, elle mène une profonde réforme de son système éducatif, en instaurant de l’enseignement par « thèmes » là où on ne jurait depuis le XIXe siècle que par l’enseignement par « matières ». Par exemple, au lieu de faire une heure de maths le matin et une heure de langue l’après-midi, les élèves des filières générales étudieront l’Union européenne qui sera prétexte à travailler l’économie, l’histoire, la géographie et les langues. Et pour renforcer leurs compétences en communication, les jeunes Finlandais travaillent de plus en plus par petits groupes, ne se contentant plus seulement d’écouter la leçon dispensée par le professeur depuis leurs bureaux alignés en rangées. « Nous sommes entrés dans une société de compétence, où l’école enseigne de plus en plus aux élèves des paramètres qui vont les aider à s’insérer sur le monde du travail, comme le numérique ou le travail en équipe », observe Eric Charbonnier, expert auprès de la direction de l’éducation de l’OCDE. Reste à savoir quelles seront les conséquences de la réforme sur les prochains rangs du pays scandinave dans le classement PISA.

Libéralisation et décentralisation en Suède et en Italie

A partir de 1988, la Suède a décidé de tourner le dos à son modèle public et centralisé pour se tourner vers un système libéralisé et décentralisé. Comme la carte scolaire a été abrogée, les familles sont libres de choisir leur école. Du coup, les établissements publics sont en compétition les uns avec les autres, et doivent séduire les parents à l’occasion des journées portes ouvertes. D’autant plus que grâce au « chèque éducation », mis en place en 1992, l’Etat finance tous les enfants de la même manière, qu’ils aillent dans le public ou le privé, sans tenir compte des revenus de leurs parents. En pratique, la commune verse aux parents qui choisissent une école privée – confessionnelle ou non, Steiner, Montessori… – le même montant que ce qui est dépensé pour un enfant dans l’école publique de la même commune. En 2012, les Friskol, ces écoles privées subventionnées, représentaient 13% des écoles primaires. Côté pédagogie aussi, la Suède étonne : les travaux ne sont pas notés jusqu’à 14 ans, pour éviter de mettre la pression sur des chérubins dont on fait grand cas de l’épanouissement. Et dans le public, comme dans le privé, l’Etat laisse carte blanche aux profs pour choisir leur méthode d’apprentissage. De décentralisation, il en est aussi question en Italie, où le projet de loi sur la « Buona Scuola » (la « bonne école ») a été approuvé fin mai par la Chambre. Matteo Renzi souhaite en effet donner plus de pouvoir aux responsables d’établissements, puisque les directeurs d’école pourront engager directement des professeurs, sans tenir compte du classement, et récompenser les plus méritants par des primes. Les établissements seront aussi autonomes pour gérer leur budget et leur projet éducatif. Cette ambitieuse réforme fait aussi un pas vers la libéralisation, puisqu’un peu à l’instar du système suédois, elle instaurera un allégement fiscal de 4000 euros par enfant scolarisé dans les écoles privées conventionnées. Il est aussi question de renforcer la place de l’alternance, pour lutter contre le chômage des jeunes, et des disciplines « humanistes » : histoire de l’art, musique, langues… « En général, l’autonomie des établissements est positive, à condition qu’elle soit contrôlée afin de s’assurer que la politique qui y est menée est efficace. Sinon, cela conduit à créer un système plus inégalitaire », relève Eric Charbonnier, de l’OCDE. Ainsi, aux Pays-Bas, les établissements sont évalués chaque année.

Burn-out en Corée-du-Sud

Mais une école performante n’est pas toujours une école épanouissante. Demandez donc aux petits Coréens : grâce à ses bons résultats dans le classement PISA 2012 – 1ere en résolution de problèmes, 5e en mathématiques et en lecture, 7e en sciences – la Corée du Sud a accroché la 5e place des pays de l’OCDE. Une réussite qui ne laisse personne de côté et combat les inégalités, puisque 98% des jeunes de 24 à 35 ans sont titulaires d’un diplôme du secondaire, et que « parmi les élèves de 15 ans, les 20% les plus défavorisés ont de meilleurs résultats en mathématiques que les 20% les plus privilégiés aux Etats-Unis et dans plusieurs pays européens », note Eric Charbonnier sur son blog, « L’éducation déchiffrée ». Le tout avec une économie de moyens : les bonnes performances éducatives sont atteintes en dépensant moins, puisque « les dépenses unitaires sont bien inférieures à la moyenne des pays membres de l’OCDE », remarque encore Eric Charbonnier. Mais le prix payé par les jeunes coréens et leur famille est, lui, bien plus élevé. En effet, trois élèves sur quatre du secondaire suivent, en plus de leurs cours au lycée, ceux dispensés le soir par les Hagwons, des instituts privés qui pèsent 2% du PIB. A Séoul, les familles consacrent 16% de leurs revenus à l’éducation de leurs enfants. L’objectif ? Décrocher la meilleure note possible au Suneung, le sésame d’entrée à l’Université, afin d’entrer dans les plus prestigieuses. Mais gare à la surchauffe : les jeunes négligent loisirs et sommeil, au détriment de leur santé. Ainsi, le suicide est la cause de mortalité la plus élevée chez les jeunes coréens, qui sont considérés par plusieurs études comme les plus malheureux de l’OCDE.

 

Aymeric Marolleau

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