Impossible désendettement ? Pas si sûr ! La preuve, certains de nos voisins y sont parvenus, non sans peines.

Suède, Pays-Bas et Royaume-Uni ont réussi leur diète
Suède, Pays-Bas et Royaume-Uni ont réussi leur diète

Sortir de la spirale de la dette : beaucoup de pays occidentaux en rêvent, mais peu savent vraiment comment s’y prendre. La France en tête, qui affiche, rappelons-le, une dette publique de plus de… 95% ! Pourtant, certains membres de l’OCDE ont déjà su se distinguer par le passé, via des mesures tantôt modérées tantôt « coup de poing », propres à réduire les déficits budgétaires. Avec à la clé, des résultats plus ou moins fructueux.

 

A l’assaut de l’Etat Providence : carton plein pour la Suède !

Dans la série des traitements de choc, impossible de faire l’impasse sur les cures d’austérité menées par la Suède ou encore le Canada dans les années 90. « Choc pétrolier, concurrence des pays asiatiques, éclatement de la bulle immobilière, autant de facteurs qui ont affecté la plupart des économies occidentales, le Canada en tête, mais aussi la Suède dont la fin du modèle était alors préconisée », détaille Norbert Gaillard, économiste et consultant indépendant, en rappelant que l’Etat scandinave, devenu « obèse » affichait une dette colossale culminant à près de 80% en 1995. Au Canada, elle atteignait 100% du PIB ! Leur prise de conscience est venue, au moins pour partie, de la perte de leur triple A. De quoi inciter les gouvernements à employer les grands moyens pour revoir de A à Z leur Etat Providence. Réduction du nombre de fonctionnaires, coupes dans les dépenses de santé et d’éducation, réforme des retraites, baisse de l’impôt sur les sociétés et hausse des taxes : Stockholm s’est ainsi lancé à marche forcée dans le redressement du pays. « Démarche encore plus drastique pour Ottawa, qui a aussi mis l’accent sur une plus grande autonomie des régions », indique Alexandra Estiot, économiste chez BNP Paribas. Autant de mesures libérales qui ont, in fine, porté leurs fruits, aidées par une conjoncture économique alors plus favorable qu’aujourd’hui. « Le Canada pouvant, de plus, s’appuyer sur ses fortes matières premières et le dynamisme de son voisin américain », précise cette dernière.

L’autre gros atout des deux pays ? Disposer d’un véritable consensus politique autour de cette libéralisation. « Par exemple, en Suède, la droite comme la gauche ont mené ces vastes réformes ensemble, tout en étant soutenues par la majorité de l’opinion alors prête à remettre en cause certains acquis », indique Paul Chollet, économiste à la Coface. Résultat, en misant sur un modèle social moins généreux, la Suède affiche aujourd’hui une dette publique de… 42% ! On comprend pourquoi le pays occupe la première place de la liste des ajustements budgétaires réussis. Pour le Canada, le bilan s’avère plus mitigé depuis la crise de 2008, avec une dette publique passée de 70% à 88% du PIB. Alors que le tour de force de la Suède est précisément d’avoir su se désendetter en pleine période de récession !

Royaume-Uni : des « mesurettes » en demi-teinte

Voilà un pays qui doit sortir l’artillerie lourde pour assainir ses comptes publics après les ajustements déjà houleux opérés sous Thatcher dans les années 80 (privatisations, flexibilité du travail,…). En effet, avec la crise de 2008, et la nécessité de sauver son système bancaire hypertrophié, le Royaume-Uni a vu sa dette publique passer de 40 à 90% ! De quoi faire grimper le déficit public à 10% du PIB ! « Depuis, il a été réduit de moitié grâce à une série de petites mesures : hausse de la TVA en 2011, réduction des allocations familiales, gel des salaires des fonctionnaires… », développe Catherine Stephan, économiste chez BNP Paribas. Bien que les détracteurs des politiques d’austérité estiment que le pays a poussé la démarche trop loin, le résultat final est loin d’être explosif. « Malgré une croissance prévue à 3%, le déficit public est bloqué à 5%. Alors qu’en France, nous avons certes une croissance moindre, stable à 0,4%, mais elle suffit à maintenir notre déficit à un niveau inférieur, autour de 4% », analyse Paul Chollet. On comprend pourquoi le Royaume-Uni n’a prévu un retour à l’équilibre que pour 2018 ! D’ici là, un programme plus ambitieux est attendu, il devrait être au cœur des élections législatives de 2015. Car pour l’instant, le pays dispose d’une marge de manœuvre bien plus limitée que d’autres voisins européens. Comme la Suède, dont la dette privée élevée (255% contre 191% outre-Manche), et la montée du chômage sont compensées par un faible déficit public. « Résultat : si Stockholm peut se permettre de déployer des politiques de relance budgétaire, comme ce fut le cas en 2012, au Royaume-Uni, cela reste exclu tant que son double fardeau, une dette publique et privée importante, persistera », développe Paul Chollet.

 

Pays Bas : peut mieux faire !

« Avec une dette de 70% du PIB, les Pays-Bas ne respectaient pas en 1997 le critère de Maastricht relatif à l’endettement public, fixé à 60%, précise Norbert Gaillard. Mais le pays a su redresser ses comptes publics en dégageant, jusqu’en 2008, des excédents budgétaires primaires. » En dépit de modestes ajustements, gel des salaires des fonctionnaires, hausse des taxes, etc., ou portant sur le marché du travail et le système des retraites, le déficit des Pays Bas dérape depuis la crise. Ainsi, la dette publique grimpe à 73,5% en 2013, tandis que le déficit public s’est établi en 2012 à 4,1%. De quoi faire perdre au pays son triple A.

« Si d’autres petits pays européens essaient d’être proactifs pour réduire la dette, tels que la République Tchèque, l’Estonie, ou l’Irlande, qui ont dynamisé leur économie via un impôt sur les sociétés très bas », souligne Norbert Gaillard, leurs résultats sont loin d’être convaincants. Idem pour les pays africains (Tanzanie, Sénégal…), traditionnellement très endettés : si certains sont parvenus à un niveau « acceptable » d’endettement, à l’instar du Cameroun (dette autour de 20%), en intégrant le PPTE (Initiative Pays Pauvres très endettés), il est bien sûr difficile pour un grand pays européen comme la France de s’inspirer de tels modèles. La clé consiste à se référer aux bonnes pratiques des pays économiquement proches du nôtre. Comme la Corée du Sud qui a dopé ses recettes en favorisant la R&D de ses entreprises à fort potentiel. Et pour cause : le levier « innovation » sied largement à un pays comme la France doté d’un écosystème efficace en la matière. S’inspirer d’un grand pays de l’OCDE comme la Suède, au tissu de PME et de grands comptes comparable au nôtre, relève, plus encore, du bon sens. D’autant que nos deux nations partagent une même préoccupation fondamentale : réformer leur Etat Providence, sans pour autant le dénaturer.

 

Article réalisé par Charles Cohen

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