Médecin, animateur TV et radio, mais aussi entrepreneur. Michel Cymes lance Betterise, une plateforme numérique de santé ultra personnalisée, car lui aussi a sa petite idée sur les soins de demain…
Médecin, animateur TV et radio, mais aussi entrepreneur. Michel Cymes lance Betterise, une plateforme numérique de santé ultra personnalisée, car lui aussi a sa petite idée sur les soins de demain…

 

La perception qu’ont les gens de la santé évolue-t-elle ?

Ils se tiennent beaucoup plus informés que par le passé, et prennent enfin conscience de l’intérêt de la prévention. La raison ? Ils subissaient par le passé les messages impersonnels et moralisateurs comme « il ne faut pas fumer », « il ne faut pas boire » du ministère de la Santé, et devaient admettre que faire du sport empêchait de grossir, donc d’accumuler des graisses, donc limitait les accidents cardiovasculaires. Sans démonstration tangible, certains se disaient que malgré les comportements à risque ils pouvaient passer au travers des mailles du filet. Mais aujourd’hui nous sommes capables de personnaliser le diagnostic en leur disant qu’ils ont tant de prédispositions au cancer du poumon et que s’ils persistent à fumer, ils auront neuf risques sur dix d’avoir un cancer. Etonnamment cela a plus d’impact ! Nous pouvons leur démontrer que des gestes qu’ils modifient légèrement au quotidien augmentent radicalement leur espérance de vie et surtout améliorent leur santé sur les dernières années. Les données scientifiques prouvent ce que l’activité physique apporte à chaque organe. Nous sommes capables de démontrer que l’activité sportive oxygène mieux le cerveau et donc diminue les risques d’Alzheimer. Les objets connectés ajoutent des données et donnent des objectifs, ce qui devient ludique. Les data deviendront toujours plus importantes pour le médecin, qui saura quand le patient est tombé dans un sommeil profond, quand il a moins fait de sport… Il pourra mieux le suivre et le surveiller.

 

Cette notion de surveillance n’est-elle pas un peu effrayante justement ?

Les nouvelles générations sont prêtes à se fier un peu plus aux données et aux appareils qui les récoltent. Ce qui ne doit pas empêcher d’être extrêmement vigilant sur la manipulation des données. Mon obsession est le secret médical. Le système ne peut fonctionner que si les data sont exploitées dans le cadre d’une politique de santé. Avec notre plateforme Betterise nous sommes très vigilants, il ne s’agit pas de vendre des données, ou d’en divulguer. Personne n’aura accès aux données personnelles des autres. Si une entreprise décide de s’y abonner, elle pourra savoir combien de ses salariés dorment mal ou sont stressés, mais ne connaîtra jamais à leurs noms. Cela lui permettra d’adapter sa façon de gérer le personnel.

 

Quel est au juste le rôle de Betterise ?

Il s’agit d’une sorte de majordome de la santé, un algorithme qui permet de personnaliser les conseils médicaux. Les internautes répondent à quatre ou cinq questions pour permettre à l’algorithme de les connaître. Ensuite, au fil des connexions, ils recevront des conseils santé à la carte. L’OMS parle d’une augmentation de 60% des maladies liées au style de vie au cours des dix dernières années. La moitié des salariés sont sédentaires. Donc si nous marchons 6000 pas par jour, comme recommandé, nous réduisons le risque d’avoir une maladie cardio-vasculaire. Betterise aide à atteindre les objectifs.

 

Comment imaginez-vous l’hôpital du futur ?

Compte-tenu des difficultés financières du système de santé et du prix d’une journée dans un établissement, il est évident que beaucoup plus de soins seront administrés au domicile des patients. Ceux-ci seront reliés par informatique à des centrales qui les feront hospitaliser quand leurs données seront alarmantes. Ils seront en contact avec des praticiens qui leur transmettront des conseils dans le cadre de la chirurgie ambulatoire. Le médecin de demain devra certainement être beaucoup plus geek qu’aujourd’hui, mais il restera au centre de tout le système, car la relation interhumaine médecin/patient est primordiale.

 

Croyez-vous en cette immortalité annoncée par certains ?

Je connais bien le Dr Laurent Alexandre. Il est très intelligent et a le sens de la formule mais je ne pense pas que celui qui vivra 1000 ans est déjà parmi nous. Ceux qui naissent aujourd’hui profiteront indéniablement, dans 90 ans, d’avancées médicales formidables. Il y a peu, le cancer des testicules était mortel un ou deux ans après le diagnostic dans 95% des cas. Aujourd’hui, ce même cancer est guéri dans 95% des cas. Il est donc fort à parier que ce que nous prenons pour des prodiges aujourd’hui deviendra normal demain, que des organes pourront être changés par exemple. Mais il subsistera selon moi un facteur limitant, qui est le cerveau. Celui-ci n’est pas seulement une accumulation de neurones. Les choses sont beaucoup plus compliquées, on le connaît encore très mal. Alzheimer et Parkinson ne sont pas guérissables. Les seuls progrès notables dans ce domaine sont attendus au niveau du diagnostic. Si demain on me dit que j’ai de fortes chances de contracter Alzheimer dans sept ans, je ne vois pas ce que cela va m’apporter concrètement…

 

Comment expliquez-vous la diversité de votre parcours (médecin, entrepreneur, homme de télévision…) ?

C’est un mélange d’envies et de hasards. J’ai eu la chance de faire des rencontres intéressantes, qui m’ont permis d’aller plus loin dans mes envies. D’autres n’ont pas eu ce coup de pouce du destin. Pascal Delannoy a su me faire confiance chez France Info, c’est lui qui m’a mis le pied à l’étrier. Jean-Marie Cavada m’a beaucoup transmis et m’a évité de faire des bêtises.

 

Ne vous arrive-t-il pas de vous perdre entre vos différentes casquettes ?

Je suis médecin et je le reste, un point c’est tout. Les chroniques et émissions que j’anime découlent de ce métier, que j’exerce encore avec bonheur. J’évite de donner mon avis sur des sujets qui ne sont pas médicaux, et utilise ma célébrité à des fins humanitaires..

Article réalisé par Julien Tarby

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