Et si le vibrionnant candidat adepte des déclarations à l’emporte-pièce était son vrai visage ? Voilà ce qui pourrait survenir.

Le monde peut-il s'en sortir avec un Oncle Sam un peu dérangé ?
Le monde peut-il s’en sortir avec un Oncle Sam un peu dérangé ?

«Il est possible pour Trump d’être un bon président », écrit dans le New York Times Richard W. Painter, ancien conseiller de la Maison Blanche sous George W. Bush. Méthode Coué ? Toujours est-il que celui qui a voté pour Hillary Clinton à cette élection est des plus optimistes, arguant que le milliardaire, doué en affaires, reste intelligent et que la plupart des mesures qu’il a promises durant la campagne n’ont aucun sens. Mais si Donald Trump tenait parole ? Il lui faudra bien contenter d’une manière ou d’une autre ses électeurs des campagnes et de la Rust Belt – cette “ceinture de la rouille” désindustrialisée du nord-est des États-Unis qui se sentait exclue par l’establishment politique.

 

Sévérité extrême quant à l’immigration

Le nouvel élu ferme le pays à double tour. Il achève son mur tout le long de la frontière avec le Mexique pour empêcher les hordes d’immigrés clandestins de passer, « ces gens à problèmes, violeurs, qui ramènent de la drogue et du crime ». Outre cet ouvrage de 10 mètres de hauteur – une bonne moyenne, alors que ses discours l’ont fait osciller de 9 à 20 mètres –, le 45ème Président met bien fin au droit du sol, ce qui l’oblige à modifier la Constitution des Etats-Unis. Il bannit temporairement les musulmans étrangers, et suspend l’entrée sur le sol américain des personnes venues « des régions les plus dangereuses du monde qui ont un passif dans l’exportation du terrorisme ». Il expulse 11 millions de sans-papiers comme prévu, ce qui a de graves conséquences sur l’emploi. Il généralise aussi l’usage de la plateforme E-Verify, censée permettre aux employeurs potentiels de vérifier le statut migratoire d’un candidat à un emploi, ou de mieux surveiller les détenteurs de visa.

 

Isolationnisme économique et commercial exacerbé

L’armée américaine – rendue encore plus puissante pour que « personne n’ose venir nous chercher » – coupe les ressources des djihadistes en faisant exploser les installations pétrolières de la région pour lutter contre le groupe Etat islamique. Après avoir déclenché une catastrophe naturelle et économique pour les pays du Moyen-Orient, l’armée se retire, et ne s’attèle plus qu’à protéger les compagnies pétrolières américaines qui y ont repris leur activité. De quoi préparer une génération encore plus importante de fous de dieu… C’est le grand retour de l’isolationnisme, qui était passé de mode après la guerre, et du protectionnisme, avec une remise en cause de la plupart des accords de libre-échange signés par les Etats-Unis, « pas assez justes ». Des conséquences ? Un conflit permanent avec les instances de l’OMC, des mesures de rétorsion de la part des partenaires en souffrance comme l’Allemagne ou les émergents, et une dévaluation du yuan par la Chine. C’est le début d’une guerre des monnaies nuisible à l’économie mondiale, avec des dévaluations en cascade qui ont pour conséquence une mauvaise inflation.

 

Libéralisme et endettement

Donald Trump simplifie comme promis le code des impôts, opère un coup de rabot pour les sociétés, taxées au maximum à 15%, contre 35% avant son arrivée. Il limite le taux maximal d’imposition à 33% pour les plus riches et exonère d’impôt sur le revenu davantage de foyers. Il s’attache aussi à limiter le carcan des régulations, en particulier celles établies par l’EPA, l’Agence de protection de l’environnement. Autant de décisions qu’il cherche à financer par la croissance, qui se révèle beaucoup moins importante que les 6% ( !) souhaités initialement. De même la hausse des dépenses dans les infrastructures apporte un regain de croissance de court terme, qui ne dure pas. Le pays s’endette donc dangereusement, beaucoup plus que les « 105% du PIB en 2026 » qu’il a prévus. Il se débarrasse enfin de “l’Obamacare”, la réforme du système de santé portée par son prédécesseur. Il encourage une plus grande concurrence entre les assurances santé, afin de faire baisser les prix, et permet à chacun de mettre de l’argent sur des “comptes épargne” consacrés aux dépenses de santé. Quant à ceux qui ne sont pas capables de financerleur couverture… Cette politique est proche du keynésianisme, avec des baisses d’impôts, une hausse de la dépense, un déficit colossal. Mais aussi reaganienne, avec une politique de l’offre et un soutien aux entreprises… Un blocage des échanges au niveau mondial et des incertitudes internes qui pourraient inquiéter les marchés, et profiter… au cours de l’or.

Julien Tarby

 

Avis d’expert : François Lafargue, professeur de géopolitique à Paris School of business

« Un pragmatique pro-business malgré tout »

Le Président va-t-il tenir les promesses du candidat ?

Il en tiendra quelques unes, mais certaines sont contradictoires. Il a été clair sur sa renégociation des accords de libre échange ou sur ses tarifs douaniers, il l’a été beaucoup moins en termes d’immigration ou de relations avec le reste du monde. Son premier discours indique que le propos est édulcoré et qu’il mènera une politique républicaine plutôt classique, mettant l’accent sur le régalien, la sécurité, la défense et le retrait de l’armée où les intérêts vitaux des Etats-Unis ne sont pas en jeu. Un mouvement que Barack Obama avait commencé. C’est aussi la fin des interventions humanitaires, comme au Darfour ou en Haïti.

 

Ne vit-on pas un sombre retour en arrière d’isolationnisme et de protectionnisme ?

Attention il ne s’agit pas des années 20. Il n’est pas concevable pour un des premiers exportateurs mondiaux de déclencher un mouvement de cette ampleur. L’interdépendance financière et les obligations de remboursement de la dette empêchent d’aller trop loin. Et le plan d’investissement keynésien de 1000 milliards de dollars dans les infrastructures ferroviaires et routières devra bien être financé. En 82-83 Reagan s’était lancé dans une course à l’armement en creusant le déficit budgétaire. Trump ne dispose pas de ce levier, le pays étant déjà endetté à 100% du PIB. Et ses promesses l’empêchent d’augmenter les impôts. Il reste un entrepreneur, pragmatique, pas idéologique ou théoricien pour un sou, qui agira selon les circonstances. Trump va satisfaire ses électeurs sur des mesures secondaires, remettant par exemple en cause l’accord de Paris. Mais il ne pourra appliquer ce qu’il a dit en matière d’immigration illégale par exemple. Les milieux économiques ne s’y sont pas trompés, il restera un président pro-business.

S’il reste un président républicain classique, pourquoi un tel « Trump bashing » en France ?

Certaines de ses mesures, comme la remise en cause de l’Otan, nous effraient. Mais il a quand même des racines européennes, sa mère est écossaise, sa femme slovène. Et nous sommes toujours très critiques avec les Américains, Carter était le planteur de cacahuètes, Reagan l’acteur, Clinton le joueur de saxophone… Nous attendons généralement un intellectuel qui a fait l’ENA. Les Américains attendent surtout un leader charismatique.

Propos recueillis par JT

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